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~IONOGRAPHIE
SUH LE TYPE ET LA SPECIFlCIT~
n F. r.A
,
FIEVRE JAUNE
DE LA )!ONTflE ET DU THEfl~lO)IETJm
Lc D' J.-0. F .A.GET,
Dl! L.'- F.\CULT~ DP. PAnt'-,
Ancirn lnlrrnc de< !i!)pitaux, )lembrc l.lu In SociCtt! nnalomique
el tic Ia Societe m~dir41e d'Ouscrvnllon,
:O.h•mbrc cor:espondanl,
l..aurC:.t (~lcda'lle l.l'or) de I'Acat!cmic de C:~en,
Cher:~li··~ dt~ h L~gion d'honneur.
~""""'""'----
A\'£C 109 Tll.\f.~S GR.~PIIIQl'tS
(Pouts d lcmrtratur~'
PAHlS ~OL'Yi':LLE-OfiLI~A:'\S
J.-n. D.\ILLli~RE ET FtLS A)l. LUTTO~
Li!Jraircs-Editeurs Lihrairio du Ia Famillc
19, I'll" 11:\ut..tcuill~, 1!1, tGi, nJC Roynlr, t1)1,
181:)
Fl3m ------·--------------------------------·I '
r==~----------~-----------------------------
..
Library
Louisiana State University
Medical Center
New Orleans
•
TYPE ET SPECJ F l CITE
LA :FJEVRE JAUNE
t::'fAtiLIS AVEC L'AlDE
1>1!: Lt\ MON'l'RE E'l' DU TBERMUl\IETRE
..
TRAVAUX DU i\JEME AUTEUR
Etudes sur les bases de la science medicale et exposition sommaire
de Ia doctrine traditionnelle. Ounage .:ouronnc par l'Academie de
Caen. P aris 1856, in·8 de ~~!~pages.
Etude medicate de quelques questions importantes pour Ia Louisiana
et expose succinct d'une endemie paludeenne, de forme catarrhale,
qui a sevi a Ia Nouvelle-Orleans, particulieremcnt sur les enfants,
pendant l'epidemie de Gevre jaune de 1858. Nouvelle-Orleans, imprimerie
franco-am ericaine 1859, in-8, 112 pages.
f3ri~. A. l'.IR~prilncur tie Ia Faculw du lledcdrir, rue M'·lc·Prinfc, ~1.
r
DIONOGBAPHIE
SUB. LE TYPE ET LA SPECIFICITE
DE LA
,
FIEVRE JAUNE
BTABLIS AVEC L'AIDE
DE LA MON'l'.RE E'r DU THElll\IIOMETRE
p .\1\
Le D' J.-0. F A.GET,
DE LA ~'ACULTE DE PARIS,
Ancien iulct·ne des H6pilaux, Membrc de Ia Societe analomiqua
et de Ia Societe medicate d'Observalion,
1\t('mbJ•c correspondant,
L:lur-~JL (MCdaillc d'ot·) de J'Academie de Caen,
Chevnliet· de Ia Legion d'honneur.
AVEC 109 TRACES GRAP HIQ U~S
(Pouts et temperatur·e)
PARIS NOUVELL~-ORLEANS
AM. LUTTON
Librairie de Ia Famillc
i 6i, rue Royale, t67,
J .-B. BAILLIERE ET FtLS
Libt·aires-EdilHt rs
19, t·uc llaut~feuille, 19,
1875
rou~ DROITS BESP.R \'Es.
TYPE ET SPECIFICITE
DE
LA FlEVRE JAUNE
BTABLIS AVEC L
1
J.IO&
DE L A MONTRE ET DU THERMOMETRE
AVANT-PROPOS
La continuit6 du mouvement py·retique dans la fievre jaune,
et sa qualite cl'espece rt~bl'ile distincte, parfaitement separec,
surtout tlu GENRE PALUDEEN, voila l~s deux points que nous
desirons etudier tout particulierement dans ce travail. J;.':n
d'autres termes, notre objet va etre principalement de vi•t·ifier,
le thermo metre et la montre en main : i o si c'est une
fievre wntinue, a un seul paroxysme: 2° si c'est une ficYre
specifique, c'est-a-dire une fievre due a un poison special, ou
plutot a un principe morbifique specifique, aussi specifique
que celul qui produit la variole, le cholera ... , ou toule autre
espece mo1·bide bien caracterisee.
Pour la verification du premier point, le terrain d'observalion
ne !)Ourrnit pas etre plus severement choisi que le notre;
car, s'il y a au monde un lieu marecageux par excellence,
c'est la Nouvelle-Orleans; et s'il y a, en consequence, malgTc
quelques rospeclables contradictions, un lieu riche en ficvres de
marais de toutes ~ortes, y venant compliquer trop souvent les
aulres maladies cl leur communiquer leurs allures parnxys-
. males, assurcment c'est encore notre malheureuse ville. Si
done, dans un pareil milieu, les faits de fievre jaune, rcunis
par nous, sont des rails de fiev1'es contin~bes ou de fievres it 1m
sctd parOtr.!JSme, il sera par ltt me me prouve que la fii•vrE'
l'YPE ET SPECJFJCITE
jaune cloit, en tout lieu, ~~tre et demeure!' unc fihTP au type
continu.
Pour etn.blir lc type ou la marche rl'uno flevre, la necessite
d'instruments de physique, n.fio que los rl3sulLals soient
exacts et com parables, nous paralt si t;vitlen Lc, que nous ne la
discuterons pas.
Or, dans lo mouvement pyretique de loutc fievre, il y a
surtout deux facteurs : 1° le chiffre fourni pn.P les battements
du cceur, par minute, et 2• celui fourni par l'aug111entation de
la chaleur du sang, clont on peut suiwe t>gnlcment bien les
fluctuations ou la mnrche avec une exacl.itudc sufflsante, en
se servant et de la montre a secondes et du thcrmometre.
Quand le professeur Wunderlich n. a vance, dans l' lntl'ocbuction
de son Trait£; de la tltennonuitrie 111{}dicale, que« les variaLions
de temperature co'incident avec d'autres troubles fonctionnels
dans les maladies, mais qu'aucun d'eux no peut etre
determine et mcsure avec autant d'exactitude, » <'videmment
il a exagere. II est certain, en effet, que, dans le cours d'une
fievre, la mal'che du pouts peut etre suivic ct Gxee, la montre
;\ soconcles en main, avec autn.nt d'exactitudc quo la rnar-cha
de la tempe1·atu1·e peut l'ctre avec le thermomcHre.
Un professeur do Strasbourg, le Dr Hirtz, suivant les pas
du professeur ullemr,nd, est meme aile jusqu'a dire que« le
pouls, qui nagucre occupait le premier rang dans la semeiotique
febrile, n'a aucune valeu1· par lui-mcme. >>(Vol. XIV,
p. 7!~8, du 1Youvea1~ Dictionnai1·e de medecine ct de cltirurgie ..
1. 8i 1, arLiclo li'rtvRES.)
Nous verrons, n.u contraire, que, dans Ia (i.ev1·e jaune, la
marche du po·uls a memo plus de valeur quo cello clela temperature
pour le mt:tlecin.
Ce n'est pas tout. Des chilfl'es exacts ayant. ct6 fou1·nis, deux
fois par jour, par ln. montre et le thermoml>Lro, pour exprimer
les deux facteurs dont il est si interessant de suivl'o toutes les
fluctuation:; dans lc cour·s d'une fievre, il y a un a vantage tresgrand
tl transformer ensuitc ccs. cbiffi·es en li.'}ncs, pal'ce que
f ;;
DE LA F IEVRE JAU::-I'E. 7
des lignes parlent aux. yeux d'unc maniere plus nette que des
chiffees a l'espriL, et que, de la sorte, les resultats sonL bien
micux saisis par celui qui les etudie. Co sera done avec des
table(I!U,X de lignas so us les yeux que no us ·suivrons ct dccrirons
In mnrche de la ficvre, dans les observations que nous avons
reuuies, grtlce al'obligeance et au zele de plusicurs confreres.
11 y a plus. Quand on fait l'etude d'une fiiwre, la premiere
chose, on l'oublie trop, est d'etre parfaitement assure que
c'est bien il cette fiem·e, et non pas :i. d'autres, qu'on applique
ses moyens d'investigation.
Cette remarque, qui peut para1tre oiseuse, ne l'est point.
Les cpid6mies sont loin d'etrc toujours simples (·J ). Da.ns
notre opinion, les quatre ou cinq grandes epidemics de fit>vre
jaune que nous avons travers6es ala Nouvelle-Orleans, pendant
ces vingt dernieres annccs, de 18153 a 1.873, etaient toutes
compliquees de fievres malariales, meme de la {o1·me Mmatemesique
ou hemagast1·iqua; de hi toutes nos difficultes. Nous
pcnsons qu'il y a moyen d'en sortir.
Des le debut. de nos epidemics de fievre jaune, il se montre
co qu'on peut appeler des (oye1·s, c'est-a-clire des cent?"es, dans
lcsqucls les malades scmblent se multiplier d'abord : c'est
d'crdinaire sur la levee, c'ost-a-dirc dans lc p01·t ct ses alantours,
que ces foyers epiJemiques se dessinent d'abord; c'est
lU. d'ailleurs que les cLrangers, nouvewua; m·rives, se Lrouvent
reunis en plus grand nombre. Presque toujours, les premiers
ens qui se montrent dans les Hablissements publics, l'Mpital
de Charite, l'Asile fran~ais, etc., viennent de ces ~foyers primitifs
de la maladie. Si l'on veut avoir un tableau-sOr eL complot
de la fievre jaune, c'esL dans ces lieux-la qu'il faut eLablir
son champ d'observation: nous l'avons toujours fait. LU. on se
trouve au milieu de pauvres immigrants, la plupart venus sur
lcs memes navires, et debarques tout recemment. Pris subi-
(i) La •t•• observation du livre de Pariset, sur l'~pid~mie da Barceonc
de 1821, est une observation de fie,•re inlet'1nittenle simple; il n'y a
qu'!l verifier.
8 iYPE ET SPECJFICITE DE LA FIEVRE JAt:~E
LemenL d'une fipvrc violentc, avec la cephalalgic sus~orbitaire
et l'a rachialgie, qui ne manquent jamais nu debut de 1a fievrc
jaune commu au debut de la variole, ils ne tnrdent pas u pre~
senter ce << general asseml;lage an£t collowtion of' symptoms »
(Aitken, p. 439) quo tous les meclecins regarclent comme le
signe C(lll'acteristique ou oomme le signe collectif' paitwgnomonique
de la fievre jaune. Relever le pauls et la temperature
chez de pareils malades, dans de telles circonstanccs, c'est les
relever, a coup sur, chez des personnes atteintcs de la fievre
jaune. Sans doutc, dans le nombre, il se glisscra inevitablemont
des r.n.s etranger-s a cette fievre et qu'on mettra a son
compte : Lvus ne seront pas d'une parfaite purete; mais l'immense
majorite lui appartienclra, dans un eLaL de simplicitc
nssez grande, et par consequent les moyennes, c'es ~a-dire les
generalisations, tirces d'observations ainsi prises, devront
inspirer la plus grande confiance.
Appliquons ces donnees diverses a l'epidemie de 1.870,
de la Nouvelle-Orleans, et aussi a celle de !873, de Memphis
(Tenessee).
I
PHEMIERE ETlJDE
De lignes de la temperature et du pouls, dans Ia Fievre jaune,
tirees de 30 observations recueillies pendant l'epidemie de
1870 , de la Nouvelle-Orleans.
L't~pidemie de fievre jaune iLia Nouvelle-Orleans, en i870,
petite si on la compare a plusieurs autres, a commenctj dans
le mois d'aout, aux environs du port, comme lou,jours, dans
la partie francaise de la ville. Cette fois, le foyer en est reste
circonscrit dans de tres-6Lroites limites autour du point d'origine.
C'est dans le mois de septembre qu'elle a. sevi avec le
plus d'intensite, et ello s'est eteinte en novembre. Nos 30 tableaux
de lignes se partagen t de la mani ere sui van le : 26 pom
septembre, 3 pour octobrc, 1 pour novembrc.
Pendant cette periodc, rien d'extraordinaire n'a 6le note
dans les conditions ml!teorologiques et locales de notre ville :
temperature moyenne, en septembre, de 25 a 33• c.; en octobre,
de 20 a 28• c. Humidite habituelle tres-grandc de l'atmosphel'e,
ordinairemenL calmc; choix inintelligent et insouciant,
comme tou,jours, du moment le plus chaud tlc l'nnnee,
ct lc plus fertile en ficvres, pour la fouille des rues, la pose des
rails de chemins de fer urbains; mesures qua1'CIIIttenai?·es insignifiantes
aux bouches clu Mississipi : rien la qui pui~se ressembler,
meme de loin , a un dechargement sanitaire des
navires de provenance suspecte. Longtempn encore il en sera
ainsi.
Les observations de fieVl'e ,jaunr. rlesquelles no us :wons
10 TYPE ET SPi:C TFICTTJ:;
tire nos table();u.r de lignes, ont touLes cte prises en plein !'oyer
epidcmique, ou sur des personnes qui demeuruient dans ce
foyer quand elles sont tombees maladcs; toutes ccs personnes,
nouvellement tlebarquees, appartcnaient en general it
cles nationalites europeennes diverses, plus particulicrement
a la ft·o.ngaise et a l'ito.Iienne. Il no pout clone guere s'elever
de douLe sur le diagnostic; cl'ailleurs !'ensemble des smpLOmes,
leur marche, leur ordre d'evolt~tion, tout enfin a etC lU.
pour le confirmer.
11 va sans dire que peodant ce meme temps, en septembre
surlouL, les fievrcs pal,ucltJennes hemo1Thagiques, en particulier
de lu vm·iete /uJmc~tenuisique, n'ont pas cte tres-rarcs; la
trace de leur presence sera appreciable sur plusieurs de nos
tableo.ux de lignes.
De ces 30 tableaux, 16 appartiennent au D• Touatre, et 2 o.u
D• Layton. Tous trois, c'cst dans la bouche que nous pronions
la temperature, les levres etant bien closes , la boule du
Lhcrmometre etanL maintenue un temps suffisant, bien appliquee
entre les gencives et1a face interne des joues. Avec un
thermometre dans la bouche, les levres so touchant, ct la rospiration
se faisant librcment par le trajct nasal, 5 ou 6 minutes,
donncnt le memo rcsultat qu'un quart d'heure dans l'aissolle,
cL c'est la temperature definitive.
Jctons cl'abord un coup d'wil d'ensemble sur nos tableaux;
aprcs cela nous examinerons separemenl la marchc de la
tempet·aturc, et scpnrcment aussi celle du pouls; puis simullancmcnt
ou parallelement la marche des deux.
'I o C o'l.~p d' aril general.
En parcourant clans leur ensemble nos 30 tableaux <i. lignes
doubles, la premiere chose que consiate un ceil qui s'est
cxerce it lire ce genre de traces graphiqucs, c'est qu'lls appat•
Lionnent it unc fih;?·e lt· un seul pa?·o::t!fsme, doni !'apogee
DE LA Fli,;VRE JAt:xE. 11
a l'lLc:l nLleinl tri·s-rnpidcmcnL. et (lout le Mclin commence
immedialcmont, pour ue rcLrouvcr le niveo.u normal que
lentement, sans avoir passe par une ptJrio1le d'tltat.
Dans la plupurt des tableaux. les lignes do lu temperature
montrent, par do petites brisu?"Cs, pendant leur descente, qu'il
y a cu chaque soir un certain redoublcment de cho.letu', et
chaque matin une petite diminution de cettc chaleur; mais i l
n'y a la rien de plus que dans toutes les fievres, meme les
plus continues, ou l'on conslate presque toujours ces petites
e:racerbations vespth·alcs. Nolons en passant que meme ces
petites exacerbations de chaquc soir ne sont point, le plus
souvent, indiqul'>es par les ligncs du pauls, surtout les premiers
jours, alors, bien entendu, que Je poison febrigene o.git
soul, avant los congestions viscerales sccondaires. (J~x.: n°i4.)
Dans un petit nombre de tableaux (n•• 2, 4, 8, iO, 12, 21.
29 ... ), il y a, au milieu de la course des lignes, generalement
a pres la colon no du 3" jour et jusqu'c,\ celle clu 6" ou 7", il y a
des appa1·ences cl'une p6riode d'etat: vers le 3• ou 4° jour, on
voit les deux lignes 1·ester pamlleles et marcher hori:sontalement,
en dessinant les brisures qui marquent les exacerbations
vesperales; or, les n°" 2, 4, 10 et i2 appartiennent it des
cas mortels; les !ignes horizontalcs brisecs qui, clans le milieu
de leur course, semblent ici marquer une periodc d'etat, ne
marquent en rcalit6 que cc traYail de congestion capillai1·r
acciclentelle des OJ'ganes interieurs qui prepare la Lerminaison
funcste. Aux nos 8 ct 2i, on trouve ]'explication des memes
phenomenes clans des congestions encore, mais e.rterieurcs :
rtu n° 8, c'esL un phlegmon du coude; au n° 21, c'cst une pamtillite
suppu.1·ee, qui expliquent ces appat·cntes anomalies. Ainsi
s'evanouissent ces semblants de pe1·iodc d'etat dans nos observations.
D'ailleurs, cetlc pretendue p6riode d'etat S<' moutl'ern.
it ap1·as le declin, ct non pas, comme c'est la regie, apres
!'augment de la ficvre, puisquc dans nos tableaux on nc ln.
voiL se dessiner qu'apres les !ignes ctcsccndantes du debut.
Aucun de nos tableaux ne justifie l'asserLion suivanle cmise
12 TYPE: ET SPECIF ICI'rJ:;
;\!'article<< Ficvre '' clu NoUIUeau dictionnai1·e {ran9ais de mcJdecine
de 1871: « I1 y a des pyrexies Otl )a remission est longue
et. complete, la ucvrc jaune par exemplc, Ott l'attaque initiate
est srpan~e de ln. fievre ttmn:inale par une 1·emission de un it
plnsieurs jours, >> p. H2, vol. XIV.
]] n'y n dans la flrvre jaune, s'il fauL s'en rn.pporteJ' 1\ nos
tableaux, qu'une attaquc, qu'IJI7l, JJa1·omysme, qu'·U??t acces, ct
non pas deux, jamais une vraie remission, sin on la deC. ni live.
et eeL acces unique, chose remarquablc, des qu'il a commence
il clcclino; sa marche est descendante pPesque aussitOt qu'ellc
se clessi ne. Cette de!'nii•re particuln.rile ne serait pas aussi
marqUI\e qu'elle l'est pnr nos lignes, si malheureusemen L nos
tableaux ne commengaient }las souvent apres le deuxiemc et
meme aprcs le troisieme jour. Ce n'est, en effet, que poU?·!a
ligm du pouts que le declin se. dessine des lc ctebut; poul' let
tempemture, nons verrons qu'elle va meme en a~t~gmentanl,
ou au moins en se so~btenant ve'/'S le mcu:cimwn dans lu. majorite
des cas (les 2 tiers des cas), pen dan\. les deux et me me Jes
trois premiers jours.
Dans un :u-ticle intiLule : « Jlcematemesic pahulal fi'eve1·, >> du
New-Orleans medical Journal, publie dansle n° de juillet '1870,
par consequent un mois avant l'epidemie que nons etudions
clans le present travail, je ne me basais que sur les chiffres
du pouls quand je disais : « La fievre jauno est une fievre ;\ un
seul paroxysme; la marche en est dec1·oissante, conti,tue. ,
J'avais cepenclant deja pris la temperature chez quelques mnlades
de la fievre jnune pendant l'epidemie de i 867, et ces
premieres et rares observations m'avaient porte a croire que
ln marche de la temperature, dans la ficvi'C jaune com me clans
presqu~ loutes les fievres, y suivait celle du pouls; aussi,
quelques pages plus loin, je disais : << Cetlo decmissa/flce continue
du pouls etait gcnePalement en rapport avec la tempt•rature
du malade, donnee par un thermometre place dans
l'aisselle. Cependant, sur ce point le nombre de mes obset·vntions
est insuffisant pour rien g(meraliser, '' p. 445.- On
DB LA. FIEVRE JAUN.E. JH
vcrra que, stw cc point, ma. reserve a cte justificc par l'obscrvntlon
ulLerieure de :1.870.
L'cnsemble des 30 faits cliniques de 1.870 vlonL aussi conli'Cdiro
l'opinion, trop facilemonL acceptce. de In durl·c on
apparonce trcs-cowrte de Ia fii-vre jauoe. D'apri·s M. Laroche.
do Philadelphie, donL l'autoritc au sujet de la fih,re jaunc est
fonclee sur une immense erudition, cette durt~e serait de trois
Jow·s. (( Un acces de fievl;O d'cnviron soixantc-ctiJ• hettres de
duree, plus ou moins, est suivi d'une complete apyrexio »
(2'~+3=72), p. 426, vol. 1. D'apt·cs no? lignes, ln flu1·6c du
mo'IJ/I)ement py1·etiql~e, clans Ja f1(:vre jaune, sero i L de 6 it
7 jours: 24+7 ('168 heures).
II va sans dire que, pour bien interpretet· nos tableaux, iJ
rauL Lenir compte de plusieurs circonstances accessoir·e::;. accidentolles,
mais dont l'influence sur le pouls eLla temperature
est LrPs-reelle : 1° les complications malarialos et autres.loutcs
possibles et assez frequen tes des le debut; 2° les elfets des
medicaments et des medications eli verses; 3° les effets nussi
des congestions org-aniques qui surviennent inGvita.bJemenL.
Lut ou tarcl, dans le cour.s des fievres graves. Par exemple, lu
durce de la fievre a plusieur·s fols ete sensiblement raccourcic
par le veratn~n vi1'idc : 11°5 i8 et 25. Au contrairo, unc urlicaire
au n° 6, un phlegmon du coude au n° 8, sonL venus
arrcter le pauls et Ia temp{·rature dans leur descontc, et mc~me
les fai1·e remonter sensiblcmenL; ceq ui a prolongc la durec do
la f1.evre.
Passoos a l'etudo de b. lemperulUI'e clans Ia f1.i•vrc ,ji:LLIUC,
eL ontrons dans quelques details, puisque c'cst encore u11c
6Ludc presque neuve.
2° De La temperatw·e clcms Ia fi~ml'e jc~ww.
J/i:;·tol·iqu.?. - i 0 La ptemii~t·c mention oxactc que nou:;
a~·ons pu decouvrir de la temperature dans la fiewe jaunt!, se
trou\·c dans un travail de Blair, inlitulc : So111c acount of the
1'\'PE ET Sl .. ~CIFICITL
last yctlo1t (eve?· epidemic o( B1·itisft Guiww. J 8::i2 ; la voici :
« D'aprcs los observations qui ont 6tt'• l'aHcs. n.vec lo Lhermometrc,
sur la lomp6rature d'hommcs nlloin ls cle la .ficvrc
jaune, aux Barbados, il n'a point paru que ln. chaleur ftH trcselevee:
au plus hnut, clle no dcpassail pn:; ~0° c. (!04° F.)
dans l'aissello. » Ccci esL cxtrait d'unc nolo clc John Davy, au
bas de la page 78.
Ce serait done a John Davy (frr~rc de sire Humphrey?) qu'on
devrait, depuis plus de vingt ans, la premi•'rc application clu
thermometre tL la flcvrc jaune.
2° Dans le 111·aite des maladies i1t(ectieuses de Griesinger,
1868, on lit t't la page H3: « Les observations Lhermometriques
nous font d6faul jusqu'ici pow· ln ficvro jaune. Cepenclant,
Lyons a parfois constate une c;ltlvation do 104°F. (40°c.)
au deux.ieme jour de la maladic. On a obserYe aussi uno elevation
de temperatm·c avant la mort, commc cela peut avoir
lieu dans notre typhus. »
3° Knfin, dans le grand Traite de la temperatw·c clans les
rnuladics de ·wundcrlich, (:clition de '1871 , on lit tl la page
405 : « Dans un interessant memoit•e publi6 dans los lJeutsches
A1·chiv .s'i~r J((iniscft mecl. , IV, 50, Schcmdlcin nous a faH
conoaltrc la marcho de la temperature dans lu fir·vrc jaunc.
D'apres lui, la temperatw·e atteint son plus haul degre dans
les premiers jours do cette maladie , et lces-souvcul monte it
104.0 et 10~° F. (-\0° ;\ 41° c.), trcs-frequcmmcntavec de lcgeres
exacerbations le soir. Du 4• au 5• jour, ln. temperaLmc
tombe rapidement. ct descend au chifft·c normal cL memc nutlessous.
Dans los cas qui so terminent faLnlcment, la temperature
s'tHeve de nouveau, itla fin, de 3° tL 1.~:° F. (1°,5 a 2° c.),
et memo davanta.gc.
Voil~ tout ce que nous avons pu trouvcr sur l'historique de
la temperature dans la ficvre jaunc.
Sur le premier point, « le ma..ximum atLeint des lo debut, ct
etunt en moycnuc rlc 104 ~t 10a° F. (40 u u• c.), » tous sont
d'accord.
OJ:: L.\ FlkVRE J.\U~I::.
Lc :second point, u la clescenic ue la temperature du 4-• au
5c ,jolll·, u n'a pas etc'· confirme ala Nouvelle-Orleans, en 1870.
En eifeL, on a vu la temperature tomber des le 1•• jour dans uu
Lie1·s des cas environ; clans les deux ;mtres tiers, lc 2• et au
plus turd lc a• jow· : deux fois seulement elle ctait encore au
?l!a.1'i•nuJ/t lc 1,• jour, ct c'ctait dans des cas mia'tes.
Enfin, « une tHevalion de temperature de 3 tt4" F., ala fin,
dans lcs cas mortels, c'est ce qu'on n'a jamais constaLc ;\ la
Nouvelle-Orleans. >> gn effet, sur 10 cas mortels que pt·cseulont
nos 30 tableaux, Ja temperature ayant ete donnee 9 fois
ce dernicr jour, nous ne la voyons ascendantea la fin que 2 lois
(n°5 4 et iO), et lcs 2 fois de quelques itixiemes de degrc seulcment;
au coutrairc, 7 fois sur 9, elle a ete tlJscendcmte, itla fin
(n°8 2, 7, H, :12, 15, :16, 27), ct descenclante de plusiew·s clegrds
chaque fois.
Maxima. - Surles 30 traces, on voit la temperaJure mou·
ter aux maxima suivanls :
39°,4-4 c. (J 03° .v,. el une fraction)' 6 fois, dont a fois lc !"'jour
et 3 fois le 2•;
40° c. (104.0 F. el au-dessus), H fois, donl ~ fois le 1"' jour, i.lc
2•, et G le a•;
40°,55 c. ( 1 05° F'. et au-dessus)' 10 fois, clont a fois lc 1 er jOUl''
i le 2c, 4lc a•, et2le 4" jour.
11 resulte de ce tableau que le maximum moyrn de la Lempera.
lurc a et6 40° c. ct une petite fraction ( 1.04 ~t 105° F.) tlans
la ficvre ja.unc de 1.870, tt la Nouvelle-Orleans. O'est le ma.l'i?
n'UIJb moyen des fil.:vres en general : par consequent, rieu Ht
de particulicr.
Ce qui est plus particulier, c'est 1° la mpiitite avec laq uollc
co maa-im.um moyen a 6te n.tteint. Duns un tiers des cas (11
SUr aO), ill' a etC dt•S lc 1 er jOlU'; dans a peu pres LUL quart des
cas {8 sur :30), lc 2• jour; clans un second tiers des cas (9
sur 30), lc 3• jour; cnf1n, clans deux cas seulcment, lc ma.ri
·mum n'a etc a.Lteint que le lk• jour.
Ce qui n 'est pas moins rcmarquable ensuite, c'est 2° lc peu
16 'fYl-'E 1.!:'1' SP.fCJ F l CI'L'E
de temps que cc ,,a.ri~t~tmt. s'csl soulcnu. Dans tous lcs ca~, la
temperature u commence ittte3cendre irnmdcliatement, c'cslr;idirc
aussilOL que le nwJ:inwm a. etc allcinl, cL, O:t moins de circonstances
particulicres ou de causes acciclcn lcllcs faciles il
saisir (des congestions ot·ganiques secondai1·cs, par excmplc),
clio a continut'• it clescendre, suus d6vier, jusqu·au chilfrc nor·
mal, cL memc a~~rdesso·us de co chifi'J·c. D011C, .il n'y a point ou
de periodc d'tltat dans notre fi,.,vre jaune de 1870.
La uescenlc de Ju temperflture a d'aillcurs etc rcmarquablemontlentc:
lc cinquieme jour, ~l pal't quelques cas, on trcslegers
ou rapidemonl mortels, Ia temp•~raluro n'elait genPramont
pas revenue au chiffrc normal; elle oscillaiL vcrs 39° c.
En resume, la murchP. de la temperature, dans nos tracds
graphiques, est marquee : 1° par uno p61·ioctc cl'augment, Lrc.,smpiuc
ct tri·s-courtc, ct 2° par unc periodc cle ddclin, assr.z
lcntc ct longue; 3° on n'J· reconnait point cle vraie periotic
tl'etat.
Il n'~· a douc tl etudicr dans nos lableaux, au J.loint de vue
clc la temperature, qu'une effc?·vescclwe et uno defervescence.
liff'e?·vescencc. - JWe a ~Li· si luUi,·e. si Yivc, que tt·cs-pou
d'heurcs uprcs lc brusque df·htlt de Ju fii>vre, on 11otait dej.;t
2 clcgr6s ccntigracles (en mo~·enue, 3 degri•s) et quelquefois
4 degres au-uessus du chifft·c normal. (Excmple, n° 16.)
Du rcste, it ln. Nouvelle-Orleans, pendant plus clc vingt-ciuq
unnc:·cs de pratique, nous n'avons jamais l'Cncontre que ln.
forme sthenir)lte ou reactive de la flevrc jaune. Que pcnscr
clone de .sa fiH·me algide? CctLc f'orll!e cJlgide, ((so well desc?·ibect
by Lyons in the Lisbon epidemic of i 8n7 ... , '' d'aprt:s
Aitl,cn , p. !~38 , no Licndrait-olle pas it des complications'! 11
est pcrmis de so fairc cettc question.
A ln. Nouvelle-Orleans, en 1870.1'cffervescence de la ficvrc
jaunc, si ardcnte au debut, s·est soutenue au plus trois jout·::::;
iJ y a des excmples oi1 elle n. commence it diminuer des le premiel'
jour. Au n° 1::J. le soir clu premier .iour, il y avait d(·jtt
J'i
plus d'uu demi-dcgl'u centigrade tle moins que le maLin; au
n° 23, du pl'emier au seconu joul', la descente est de 2 degr6s
cenLigracles, sans qu'aucun medicament soit inlerYCnLt.
Quand l'effervescence u dure deux eL trois jours, des le soil'
Llu pt·omiel' jour elle avaiL dcjtt presque atteint son apogee. Du
premiec au deuxieme j our, }'ascension de la temperature n·n
plus Cle que de quelques di:riiJ1,1es de <legre seulemenL, ot, du
tleuxicme au lt•oisieme jour, d'un 110mbre de di.r:imwSLle tlegrc
moindrc encore (n•• 2, 3, 1-, iO, 12, 1'~, 29, 30).
Puis rt commence la dtl(ervescence, sans transition, so dessinuttl
par une ligne oblique descendante, faisant avec celle
tle l'e(fi.•rvescence uu w1glc aigt~, CIII[Jlc presq·uc caractdristitftW,
par son premier cut6 tt peu pr~·s vertical, Ic second descendant
en pente douce.
/Nfi·nu:sccncc. - La defet·,·csceuce dans Ia fievre jaunc de
Ia ~Ou\'elle-Orl6ans, en 1870, a ctt:l remarquablc surloul par
:;a lcnteur; elle s'esL faite avec uno certaine uniformit(·. Le
ma:riiiiU?n ?110!fen etanl '~0° c. {104.° F.), la ligne tlc dclclin a
genct'alcmcnl pris de 4.- U. 7 joUt·s, pour rejoinclrc le niveau clu
chifft•c oot·mal 37° c. (98°,6 F.). La tlesccnle a r1ouc d1\ pa1·
2~ heurcs, 1l'un clcgr1; Fnh!'cuhei l on d'un dcmi-dcgrl- ccnLigruclc,
u peu pres.
Cr simple fait suffil pour monlrer que la (N(ervesce11ce, dans
Ia fii•YJ'C jaunc. n'est point un mout:emrnt critique ou unc
crisr. Dans les fitm.·es Oll la tl•'•fcnc~ccnce peut. etrc regardl'e
commc nne crise, ellc colllmcncc turd el finil tot, en :36 ou
'k8 hcurcs. Par exemplc, dans ln. pnct~monie ;\ cycle (l:brilc
,.,:[]ltlier, comme dans la Ouvre initiate de la variolc, conmw
dans la. vuriolo'iclc, etc., la defcJ·ycsccuce est nolablemeul;Jlus
com·tc que l'effcrvescencc; en d'aull·es tcrmes, ln desccntc de
la· te111pc:raturc y est plus rapidc tfll<' l'ascensiull. C'esl lc conlruit
·e dans Ia fievre juuuc : l'cfler,·escence y a dt'· de '1 ;'t
:1 jour·~, ella clefcr,·escencc de\ tt 7 jonrs; ce qui tlounc uut•
clizai11c cle jota·s pour la dtl-l'f!C' lolnlc moyennc cle Ia tcmpt·,·a-
":!
tw·e febt·ilu dans la lien~ ja.une; Lautlis LJUC. pour htliewe iuiLiale
de la variolc cL pom· la ' ·ariolo'idc, qui onL LanL de ressemblance,
au dcbuL, avec la fievrc ,jn.unc, ]'ascension de la
LemperaLure ou ejfe·rvescence est de t~ ,iour·s, cL Ia de{ervescence
de 2 jours
Minintct. - Lc 111inirnun~ de la Lcmpcr·a.Lut·e, au dcclin, a
plusieurs fois etc note au-dessous de la nor·malc. Malheureuscment,
no us n 'avons pas sui vi nos mnlades gueris, asscz
longiemps aprcs les apparences cl'apyrexic qu'ils prescntent si
Lot, et, sur co point, nos tableaux sonL fori incomplets. Au
n• :30, lc 8° et lc 9c jOUI', ln. temperature cLaiL tl 36() C., et lc
10• jour c\35" ,8 c. : c't:Lait en pleine convalescence. Deux autres
tableatL'\: de malatles gucl'is, nous monLrenL la temperature
encore au-dessous de la normale : au n° 17, le 6" jour, le thermo
metre murquait 36•,8 c.; au n° 21, le soir du 10• jour, il
donnait 36• c. (96°,8!<'.).
Dans les cas mortels, la defervescence, arrctce dans sa dcscente
par los congestions viscerales que nous ayons signalees
pour ces cas-lit, la. defervescence rcprcnd q uelquefois une
marche ascendante a la fin, r edcvient effervescence, ct jusqu'a
la mort, muis non point toujours, commo semblerait le
dire !'assertion trop generale du D• Schmicltlein, cite par
vVundcrlick, dans le passage suivanL : « Dans les cas qui sc
terminent fatalemcnt, la temperature s'eleuc de ?tOu;t•eau vcrs
/a, fin, de quelques '~ degrcs Fahrenheit ct memo plus. ,, Dans
nos observations, ceLLe ascension finale, tout a fait excepLionttelle,
n'a jamais ete que de quelques clia:iemes de dcgre (n°" 4·
et 10).
Au contrairo, cltez los s uj ets observes a b. Nouvelle-Orleans,
a tempe raturc a q uclquefois continue iL desccnctre pendant
'a!]Onie, et ellc a pu ctre notee au-dessous de la uormalc au
moment fatal. Au n° 16, la temperature est nolec tL 36°,5 c.
(97 ,5 F.), au moment de la mort, le 5" jour, landis que, lc 3°,
clle elaiL encoro a 1:0• c. (104° F.), cl avait clc a. 4l 0 c: {106°,2
l>E LA FIE\'RE JAU"'£. HJ
F.) lc 1•r jour: c'est done une chute de 4 degn~:; ct demi cenLigPades,
ou de pres de 9 clegres Fahrenheit, en 4 jom·s!
Voici, clu reste, les chiffres fournis par nos tableaux. Sur
iO cas mortels, la temperature ayant ete donnee 9 fois le jout•
de ln. mort, 2 (ois sculement ellc a ete ascendante, et de quelques
di.;:iiJrnes de degre seulcment (nos !~ et 1 0); 7 fois SUI' !l,
elle a ete descanctante (n•s 2, 7, 11, 12, W, 16, 27), et chaq ue
fois de plusieurs degres!
En resume, ln. mal'che de In temperature dans la fievre
jaune, etudiee dans ses lignes tltl'?'llliqucs, pen dan t.d'epiu~mic
de i870 de la Nouvelle-Orleans, u ete caractcris6e par un paro.
r:ysme ·wnique dont l'effel'vcscence, de i a 3 jours, a 6te suivie,
sans periode d'etat, d'une tlef'ervescence de "-a 7 jours.
3° De La 1/IG/I'C/le du pauls dtiltS la fieV?'C jaww, sui vie Stb'l'
tes 30 t1·aces de i 87 0.
Les !ignes inferieu,res qui, dans nos 30 tableaux, dessincnL
la marche du pouls, sont vraiment saisissantes par l'uniformite,
et, si on l'osait dire, par l'originalitc de leur di·rcction
JJI'emiere; elles sonL toutes desccnclantes des leur premier
point. Le seul tableau 11, qui parait faire exception, est aussi
dans la regie, car c'est un trace d'agonie; nous vcrrons que.
pendant l'o.gonie,la ligne du pouls monte, en general. Ainsi,
toutes nos /ignes d~" JJouls, des lcs premieres hcurcs de l'une
des ficvres los plus violentes qu'on puisse observer, ;outes nos
lignes ctu JJou!s montrent toflt de suite un dtfclin de ce pauls
dans le nombre de ses battemcnLs.
Muis oe decU.n part de haut, en moyenne tle 1.20 pulsations,
c'est-0.-dire d'un chiffl·e f:t peu pres double du chiffl·e normal ;
ce qui prouve qu'il y a eu prealablcment ao·cension du pauls si
rapide et si pt·ecoce, que le ma.rimum en a He attcint Loujours
avant lo. premiere visiLe de l'obscrvateur; co d(•clin est d\tilleurs
assez lent, el de plus en plus lent it mcsu1'c q u'il <:wance,
jusqu'U. ce qu'enfin lc chiffre qui lc represenle soiL tombc au
20 TYPE ET SPECIFICITE
chiffre normu.l, el memc au-dessous. Le IHu,rimum moyen
etanl i20 pulsations le p,remier jour, le dcuxieme jour le
pouls donne deja iO a i2 pulsations de moins; vingt.-qualre
hcw'es encore, cl c'est encore une tlizaine de pulsations de
moins ; puis la descente continue les jours suivn.nts, mais sur
une pente de mains en moins mpide : en general, le quatJ'icmc
jour lc pouls oscille vers 80, et, ace chiffre, il n'a gucre encore
atteinL que la moitie de sa course en retour, qui ne sera complete
que vers Je septicme ou le huilicme jour; puis, ladescento
continucra encore, et vers le clixiemejowr on constatera
quolqucfois un minim1.111n ctonnant: chez quelques malo.cles en
convalescence, il ne bat plus aim's qu'une qua?'Cvntaine de fois
par minute!
Aux n°8 3 et 30, ou Ia-marche clu pouls a etc sui vic un Lcm ps
suffisanL pendant la -convalescence, on a des exemples de cettc
remarquable descente du pouls EL la fin, ctu-dessous clu chiffrc
normal; au n° 3, le 10• jour, le pouls donnait 42 pulsations;
au n° 30, lc mcme jour, il etait a 46- Ces deux cas ont gucri
sans jamais presenter trace d'ictcre-
Voilit done une fievrequi, etudiee avec la montrc seulc, nc
laisse point saisir de periode d'augment, ni de periode d'etat;
a en juger par le pouls seul, ce serait done une {iev1·c toute de
declin, mais a pres une grande et prccoce ascension, si rapide
ct si courtc, qu'on n'arrive pas <i temps pour la saisil'-
Afin de prendl'e une idee de la persistance du pouls a dC'Scendre
dans la. ficvre jaunc, surtout les JJremicrs joiJII·s, a.lors
que l'action du principe morbifique sur l'organisme n'a pas
pu encore t:LPe iroublee par des phenomenes secondaires, il
C!;t bon d'arreter son attention sur le tableau n° D : uno indigestion,
dans la nuit du 3° au 4° jour, a procluit, chez le sujet
do ce tableau, ·U~ne ascension de 2 degrus centigrudes, oL, pendant
cette ascension de la. tem.peratu?·e, le pouls a continue de
descertd're; pendant cettc nuit d'indigestion, il est tomb6 de
10 pulsations.
II nc faut done pas s'etonner de ne point voir mar·quces,
DE LA f.' IEVRE Jt\U>IE. 21
rlanR los .lignes cln pouls, los peLi Les c.rarel'bations vespemles
habiLuelles que les lignes clo la. temperature montrent dans la
fievre jaune, comme clans presque toutos les fl evres. On n'a
qu'~t jeler les yeux sur Jc tableau n° 14 pour nous bien cornprrndre.
CepondanL, la tendance du pouls a climinuer le nombre de
ses pulsations, ne va pas, dans la flevre jaune, jusqu'a rendre
insensible sur le cccur los effets des congestions viscerales
secondaires que nous avons plusicurs fois remarquees. Ces
congrstions secondait·es proclui sent sur le pouls des effets analogues
t\ ceux qu'ollos pt·ocluisent sur la temperature; aussi ,
c'est un paraltelisme des b•·isures des deux lignes qui se dessine
quand ces congestions secondaires surviennenL et sont
bien etablies. (Ex. : n°5 6, 7, 8, 12, 2i, 29.)
La marcho du pouls, it la fin du paroxysme unique de la
fievre jaune, n'est pas tonjours la meme : i 0 dans les cas favorables
nous l'avons vu continuer sa descente et la pousser si
Join, qu'il tombe quelquefois d'une vingtaine de pulsations
au-dcssous du chiffre normal ; dans des cas plus scrieux :
arrete dans sa descente par des congestions viscerale! eliversos,
il roprend sa direcLion descendanLe a mesure que ces
congestions se clissipent; enfin, quaud ]a terminaison doit
etre funeste, le pouls prend une marche ascendante ). il remontc,
remonte toujours, depasse meme le ma:rimum eleve
du debut, et devienL impossible a compter. (Exemple : n° 12.)
EsL-ce cette ascension tlu pO!b/s ala fin, dans les cas morlels.
qui 0. fait parler d'unc fievre terminate, separee par une remission,
d'une ficvre initiate dans la maladie que nt>US etuclions?
Mais, cette ascension terminate du pouls co·incide d'ordioaire
avec une chute de Ia, temperature ; elle esL remarquable au
n• 12. Ainsi, lc malade a la fin, U. mesure que son pouls devicnt
plus f•·equenL, sc 1·e{roiclit; c'est le contraire de ce qui
devraiL areiver dans une ,fii.:v1·e terminale.
22 TYPE ET SPECfFtCtTF
1~0 Pnl'crlle/e dt• In mrr1'o/ie de let trmpei'Ctlurr cl rlr crllr
tltb 1'JOU{$ .
C'esL surtouL a1~ rl£;but du paroxysmt' unique qui constilue
Ia fievre jaune, qu'il y a interet, particuliPJ'ementpou1·/e diagnostir.
:\ connaltre la. direction oompm·ee des lignes qui dessinent
ln marche de la temperature et celle du pouls.
1° Pendant que la ligne du pouls descend invw·iablemcnt des
le debut, dans tous les cas, celle rle la temperature monte au
debut ( 1.9 fois sur 30), dans nos tableaux. Cettc ascension de la
ligne de }a temp6mturc 0. ete marquee, pendant un jmur, WIU~
{ois (n° 7); pendant deux jours, sept fois (n°" 2, 4, 6, 9, 1.0,
17. 20) ; pendant Lroisjours, huitfois (n°' i , 3, 5, H, 1.2, H.
29 et 30), cl enfin pendant quatre jours, deux foi~ seulement
(n°' 22 et 24); deux ens mixtes.
2° Dans l'autre tiers des cas, 9 fois sur 30 (no• 8, 1.3,
16, 18, 19, 21, 23, 25 et 28), les deux lignes descendent parn.
llelement, et celn. immediatement, des le p1·emier jour; mais
nous nvons sur leur compte a faire les observations suivantes:
chez 5 des sujets de ces 9 derniers tableaux (n°" 8, 13, 19, 23,
28), on avait affaire it des cas si legers, que meme la descente
immediate de ln temperature a ete due it co peu de gravite;
chez 3 autres (n°' 18, 21 et 24-), la chute prematurec de lafievre,
du pouls surtout, a cte amenee par le ve1'atrum; en fin. chez
2 autrcs (n°' 7 ct 16), la chute precipitee du mouvement febrile
peut etrc nttl'ibuec t't l'agc nvance des malades : celui du n° 7
avait 67 ans; celui du n° ·J 6, 63 ans.
Ces restrictions fnitcs, i1 est pcrmis cl'onLrovoir dans cette
di.ve1·gence cle clill·ection des deux lignes du pouls et de la temperature
au debut, dans la majo1'ite des cas de fievre jaune,
un signe qui pourra devenir precieux pour le diagnostic de la
maladie : dans les deux tiers des tableaux, pendant que la
ligne du pouls descend des le debut, on voit celle de Ia temperature
monter pendant 'ltm, rleu.r. et mf>me tl'ois jours.
DE LA FIEVRE JAU:-:E. 23
A In fin du paroxysme, dans plusieurs cas mortels, on peut
remarqQer le contrairc : il y a encore divergence des !ignes,
mais en sens inverse; c'est la ligne du pouls qui monte, pendant
que celle de la temperature descend. 11 en a ete ainsi
6 fois sur les i 0 cas mortels (n°5 2, 27, 7, i 1., 12, 1.5). Les n°5 2
c>l 12 sont fort remarquables sous ce rapport; on y voit le
pouls remonter d'un bon nombre de pulsations, devenir insensible,
pendant que la temperature tombe de plusieurs de-gr6s.
Dans les cas gueris on voit, tLla fin du paroxysme, les deux
lignes descendre p(JII·allOfe?nrnt, et plusieurs fois bien au-cle~sous
du niveau normal.
Au milieu du paroxysme, la marche comparee des deux
lignes ne laisse pas de presenter quelque interet au point de
vue du pronostic : si toutes deux sont arretces dans leur descente,
et surtout si elles remontent ensemble, il faut cbercher
Ia cause de cette recrudescence de la fievre. Elle se trouve a
J'extel'ieur (n° 8, phlegmon du coude; n° 21, parotidite suppuree;
n° 6, urticaire ... ) , Lout est pour le mieux; au contraire,
la cause de la recrudescence de la fievre se trouve-L-elle
1't l'int6l'ieur (congestions capillaires des visceres ... ), le clnnger
rsL mena<;ant. (Ex. : n° 29.) Enfln, dans leur descente, les
dc>ux lignes, au milieu de leur course, viennent-elles a eliverger,
celle du pouls a monter, pendant que cello de la tempi
·raturc descend : .... le dan gee est alors imminen L, le pronos
tic clcvient tres-grave. (Ex. : n° i2.)
Au point de vue clu cUagnostic surtout, nous reviendrons
sur ce parallele des deux lig-ncs de nos tableaux.
li
S ECONDE ETUOE
De lignes de la temperature et du pouls, dans la Fievre jaune.
tirees de 73 tableaux de chiffres recueillis pendant l'epidernie
de Memphis (Tennessee), de 1873.
Memphis, vi lle de l'intel'iezenles Eto.ts -Unis,de t~O.:L JO,OOO
ames dt-jit 1 esL situf>e sw· les bords du Mississipi 1 comme la
Nouvello-Orlt•ans1 mais a 125 lieues au nord, par 35 degres
de latitude borealo. Pourla troisieme fois 1 en J 873, elle vient.
d'etre visitee pm· la fievre jaune; la prcmif>rc fois, c'etait en
1855 1 la deuxicmo on i 867. Sur cette troisiume epidemie de
flevre jaune de Memphis, le Nc~w-OI'lecms llfl'dical Joumal,
clans le n° do mai 1874., vient de publier un trcs-substantiel
article inti Lulc : Obsel'vations on the yellow {eve1· cpiclcmic of
1.873, at Jl/emphis (Tenn.) by D. D. Saunclei'S At. D. C'est u cet
article quo j'em prunte les renseignemen ts et les tableau."
de chiffres qui font la. base de cette seconde etude.
Que ce soil aux. Etats-Unis ou en Europe qu'on observe la
fievre jaunel scs epidemics presentent loujours entre elles les
traits de rcsscmblanco les plus frappants. Par exemple, de
meme que ceLto fit'vre a ete importee en 182! de ln. Havane a
Barcelo no et de Barcelona a 1'ortose1 ville int!Jrieu?·e 1 sur l 'Ebrc,
par 4i clegres de latitude nord, de meme cn 1873 , clle l'a. ete
encore de la Hawme, mais a la Nouvelle-Orleans cette fois
( ce qui se renouvellc presque chaque annee)1 ct de la NouvelleOrleans
~L Memphis. Corame toujours1 commc partout ou elle
a ete aiosi introduilc, il s'est passe un certaiu temps ayanl
que la maladie ;;c rcpandit; comme it l'oPdinnire, les premiers
'
TYPE E'l' SPI~CIFICITE 0~: 1..\ r-li·:VRE .1.\UXF;. 25
cafi e11 ont etc meconnus, les p1'emie1'Cs victimes ont pnsso
pou1' mourir de Gcvres bilieuses graycs, ou cle fievrcs malariales
hemorrha.giques; la mala die est d'abord roslce renfermee
dans leprcmiorquarticrinfrcte; olio yfaisait des ravages
depuis plusieun; semaine::;, quautl enfin le Bunatt de sante a
donne l'alarme. Le D• Saunders assw'C que longtcmps apres
ceLLo date il pouvait encore, loin du premier foyer, suivro les
liens de ses malades a.vec ce premier foyer; c'esl cl'ailleurs un
qunl'tier principalement hn bite pur des Irlandais et des Allemands
fort pauvt'es; aussi c'esL l'tHemcnt elt•angcr commc ;'1
l'ordina.ire, qui a. paye au Mau to plus laurel tribut. Puis,
maladie s'est elcndue graduellemcnt. de proche en proche, et.
vers le milieu de scptembre, toutc la ville ctait envahie; il n'_v
eut plus a.lors, mais alors seu/tnnent, qu'une opinion dans le
corps medical; c'etait bien la flcvre jaunc qui regnait epidemiquement
a Memphis, en seplembrc 1873, quelle que ft'tt
cl'ailleurs la part de !'element palwlt;en clans 1\ipiclemie.
Carle D' Saunders est loin de prct.endre qu'il n'y a pas eu a
Memphis, en scptembrc et octobre 1873, des ficvres paludeennes,
memo hemorrhagiques, en meme temps que ln
ficvre jn.une: « ... J'ai mGi-mcme observe, clil-il, do ces fihres,
<< pendant l'epidemie, quelques-unes, en petit nombre, carac
« tcrisees par une tendance hemorrhagique vers les intestins
u elles reins. >> Et it ajoutc: « Dans mon opinion, ces fievres
« pcuvent etre aisement distingueeS clC ]a 'IJTCiiC fi(•vre jaune,
<< en natant bien le pauls et la temperature. » O'est lout it fait
notre opinion aussi.
Du reste, le medecin amf>ricain cloutc si peu de l'ill)portalion
de Ia fievre jaune it Memphis en 18n, qu'il donne lc jour' de
son entree dans cette ville(its entrance on the 9th. day o{A ugust),
ot le nom du bateau imporlateur <<Bee. »
u From the most correct data we have, the fever was
<< u1·ougllt from New-Orleans to Memphis by the Tug «Bee, »
<< which landed on 9th. of August, nem' the fort of ~xchange
<< street ..... »
•
26 TYPE ET SPECJFlCITb:
La fievre jaune, introduite a Memphis au commencement
d'aout, n'y aete epidemique que versle milieu de septembre,
et ne s'est eteinte qu'en novembre, apres avoir resiste meme
nux premieres geh~es blanches.
Pendant ces trois mois (cl'aot'tt, septembre et octobre) de
l'epi<.l6mie cle ficvre ,jauue, a Memphis, en 1.873, les moyennes
de la temperature atmospherique ont et1~ les suivantes: au
mois d'aotl.t, 70° F.; en septembre, 7l° F.; en octobre, 56° F.
Pendant le mois de novembre, dontla temperature moyenne
a ete lk9" F., le 19, le thermometre esL descendu a 32° F.,
c'est-u-dirc tt oo c., ou glace fondante, et l'on donne pour la
temperature la plus basse de ce mois 29° li'. , c'est-a-clire
3 clegres ll'ahrenheH au-de.ssous de la glace.
L'humidite de }'atmosphere, moinclre qu'a N.-0., quoique
grande, a ete en climinuant d'aoiU a novembre; voici les chiffres
moyens: en aout, 70; en septembre, 68; en novembre, 6L
Comme <.i. la Nouvelle-Orleans, <i. Memphis c'est dans la
bouche que la tempemt"Lvre des malades a ete prise, avec toutes
les precautions n6cessaires. Pour les m8mes raisons de nettet6
plus grande, et de plus grande facilite it saisir les resultats,
nons avons transforme en tableaux cte lignes les tablecwx de
chi/ft·es duD' Saunders. Pour leur examen,suivons main tenant
le m~me orclre que nons :wons suivi dans l'analyse des tableaux
de lignes de 1.870.
1" CcUJJ cl'reil gfmeral. - Les 73 tableaux de Memphis appartiennent
evidemment u une ficvre de la classe des continues;
un seul pa;roxysme se clessine pendant sa cluree.
LeD' Saunders n'a donne ses chiffres qu'une fois par jour;
par consequent, nous ne pouvons rien savoir au sujet des petites
exacerbations vespdrales de la temperature, qui ont du se
montrer a Memphis, comme U.la Nouvelle-Orleans. Dans le
com·s du pa~·o::vysme unique de la fiiwre de Memphis, il n'y a
l'ien eu qui donne 1 'idee d'une pd1·iode cl' etat; si au tnblel'tu
DE T.A fo'Ji::VRE .IAUNE. 27
n° 29, on I'Cmarque une sm'lr cle rccrudescrnco flu mouvemenl
febrile, simulant une sorLc de second paro:rysme, avec !ignes
ltO'I·i::;ontalcs. c'est qu'il est ~urYenu quelque chose cl'insolite,
une pa ,.,>tid'ite, qui e~L nn'iv<~c tl suppuration ; c'est cette p:woLidite
qui est cause de ccs a-nomalies L1ppa1·cntes.
Quant it la dnrh• du nwm;cmmt (db1·ilc duns la fli•vre jaunc.
leD' Saunders est, dans son tr:rte, cl'accord awe le D• Larochr
rle Philadelphie, comme nvec Lom: les autcUI's; mais, dans srs
tableaux, c'cst avec nos chitfres de 1870 qur lcs siens de 187:3
sont d'accorcl.Voici comment il ~·exprime itla quatrieme pagr
de son nt•Licle:
cc Je pense que nous sommcs maintenant nuLorises a con<<
siderer la ficvre jaune sans complication (uncomplicated),
cc comme une fievre d'un seul paro:rysmc, durant (lasting) de
cc 4-8 it 80 heures. » On sc rappelle que, d'apres le D• Laroche,
cc In rtw·ec moycnne rlu paro::-.."J'SJDC febrile clc la fievre
cc jaune soraiL de 70 heures, plus ou moins. ,
Mnis, ln. tcmpemtu1·c nonnale etant 37° c. =98,6° F., et le
nombre physiologique des pulsations arterielles, par minute,
dans l'tlge moyen, etant 6valuc approximalivement a 60 ou
65, les tableaux du D• Saunders, d'accorcl avec les ni'Hres de
1870, vienncnt lo contrediro ainsi queM. Laroche, sur la d!L~?'
ee moyanne de l'acces fdb?·ilc uniqt~e de ln fi 6v1'e jaune. En
effet, memo en ne consultant que ses tableaux de chiflres
moyens, pour lous lescas, lt!gers eL mortels, nous vo~·ons que,
pour ses 73 tableaux, il donne pour tempt!ratu1·c moyewne,
memo lc quatl'ieme jour encore, c'est-a-dire aprcs 96 heures,
102°,2 F., ou environ 39° c., ot pour chi !fro moyen du pouls,
ce memo quatrieme jour, plus de 96 pulsations! Les
moyennes des cas mortels, pour ce meme quatrieme jour,
sont encore plus elevces; la temperature moyenne est
106°,!) F. = ld"' c. et quelques dixicmes de degre, et lo pouls
de i14 i /5. Ensuite, d'apres ces memes ta~loaux, le 1·eto1.t11' au::c
d1i{fres physiologiques et pOut' la temperature et pour le pouls,
n'n lif'u qu'npr~·s que lr septhwin: est accompli. Le sepl.i l'·me
28 I'YPE J,;T SPECJFJCITI::
jour, Ia Lempernturo moyenne est notce H!lo,!i 1•'. ou ::no,!> c. eL
Je pouls 69 J / 1~.
Done tL Memphis en -1873, con1me ~L Ia Nouvollc-Odeans en
1870. ln. dtwde moJ·cnne du mouuemcnt pyrdtiqz~e a ete de 6 tL
7 jours, ou de 1 H U. •l68 heures, au lieu clc 70; c'cst une durec
double de relle incliquce jusqu'ici pour ln ficv•·c jaune par les
au leurs.
E..xaminons main tenant, en particulier: 1° Ia mnrcbe de la
tempPt'aturr, 2° ccllc clu pouls, 3° leur marche comparee.
1 o ill a relic de la tempemtu;re.
lrla:rima. -A Memphis, comme t\ la Nouvelle-Orleans, le
ma:rimztm moyen a etc 40o c.= ·104° F.; plulUt o.u- clessus qu'audessous.
Les oscillations des maxima y ont cl'o.illeurs ete plus
larges,depuis 38°}) c. = 101°.3 F. jusqu'ft 41°,7 c.= 107° F.
En general, lc maximum a ete atteint trrs-vile : une seule
fois pourtant dC>s le pt•emier jour (n° 4 a 40° c.)' 6 fois le second,
38 le t1·oisiemc, 23 fois le quatrieme jour, 3 le cinquieme,
i le sixiemc, i le scpticme jour (n° 35, mortel).
D'ailleurs, ce maa:imu~m, meme dans los cas prolong-es,
eta it presque alteint des {e premie1' jow·; C0.1'1 }'nccroissement
de la temperature, aprcs lc premier jour, jusqu'au troisieme
et meme au cinquicme jour, n'a plus ele quo de fort peu de
chose, en comparaison de l'ascension du premier jour; au
lieu de plusieurs degres, l" ascension, a pres les premieres
heures, ne prcsenlc plus que des (motions de deg1·e. Puis, la
de(twvcscence a commence, sans periodc rl'etat. Comrne a la
Nouvelle-Orleans, no us n'avons done polil' Me mph is a etudier,
au sujet do la tompel'nturc, qu'une e({e1·vescenoe et uno de(e?·vrscence.
Effervescence.- Elle a ete aussi hative qu'a la NouvelleOrleans;
des le premier jour, c'etait, en moyenne, une elevation
de 3 degres centigrades; elle a quelquefois eLe de plus
de 4 degr(·s ccntig•·adcs, des le deuxieme jou1· (n°' 49 et 50).
I>C: L.\ lq~:VRC: JAUXC:. 2U
A Memphis, ceile effervescence si hative s'cst muinteuuc
plus Iongtemps qu'a la l\ouvelle-Orleans, trois jours et plus
(6 fois sur 7), (:3 jours 38 fois, et 4 jours 23 fois, sur 7:3). Gnc
seulc fois, clio a commence i.t diminuer des lc premier jour
(n° 4); 6 fois des lo dcuxicme jour (n°-'1.0, 33, 52. 53, 54, G:>);
elle s'cst au contruir·e soutenue 3 fois jusqu'au cinquicmc jour
(n°8 27, 40, 59), i foisjusqu'uu sixieme (n° U), 1 foisjusqu'au
septi~me jOUJ' (n° 35).
Au point tle vue de Ia tern peratuPc, on peut remar·q uer a t6
debut, ltb ?'rta?'(jtto d'une sorie de JJdriode ct'dtat, sous forme
d'une lignc ltori::;ontale, dans cruelques tableaux (n°8 5, f), 111'
1.6, 36, 64, 65, 73).
JJe{ervcsccnce. - Commc a la Nouvelle-Orl{•ans, la defervescence
a etc, i.t Memphis, remarquable pat· sa lenteM. En
moyen no, commcncce aprcs lc 3• ou le 4• jou1·, ellc a durc de 5
i.t 7 ou 8 jours, ce qui donne ·u11w dcscente de 1m dcgre li'ahrenheitpar2-
l hcures poudescas suivisde guerison,bien entenclu,
car, dans beaucoup de casmortels, il n'y a point eu de deferuesccncc
du lout; Ia mort a cu lieu en pleine effervescence, ;\
Memphis, lc plus souvcnt. Voici les chiffl·es compares sur ce
point. A la Nouvelle-Orleans, chez 9 morts, dont la LempcraLur~
a cle suivic jusqu'a Ia fin, en 1870, les 9 fois clle CLaiL en
de(e?·vescence (no• 2, 4, 7, i O, H , i2, i5, i6, 27), car unc petile
recrudescence de quelques dixiemes de degre, aux dernil:rcs
heures, nc pout pn.s en~rcr en ligne de compte (n•s 4 eL 10).
A Memphis, en i873, sur iO cas mortels, 4 fois seulemcnL
la Lomp6raiure clG.it en de{e?·vescencc (n°9 u., i 7, 27, 72). -
Et mume, au n° U, Ia defervescence s'est arretee a. 40" c. , cL
la morL csL urrivce, 3 jams plus tarcl, ~L cette me me temperature
de 40 c. - Au n° i 7, c/t-lbte de la temperature tle plus do
8 degres Fnhrcnhr.,i.L(cle 106 it 98). - Au n°27, du5• au :1.4,• ,jout·,
descenLe rapide non interrompue jusqu'ti la mort, depassant
meme infcrieuremcnL lc niYeau normal (de 106° F. a. 96), cc
rJui donne une desccnte de plus de 5 degres centigrades. -
-~- --__ :_______ _ _____ •
:JO TYPJ:: J::T SPiCJFJCI'I'E
f~n fiu. au n" 72, du -i• au 10• jow', chute de 106., F. it Vi ,
cucot·c une clmte de :.S degrcs centigrades en six jours!
Da11s les six aulrcs cas mortels de Memphis (n"' :3:.;, :39, '~0.
I~ 7, '~9' .'JO), la temperature etait en effen.:escmcc:, me me a~·cellclante
de 1 it 2 degres Fahrenheit (au n° 3.), du 2• au 7• jour.
asceusio11 de 2° r"'.; -au n° 39, du 3• au 4" jour, J° F' .. ; - au
n° i-0, lione ho1'i:;ontale de 3 jours, tt 106° 1".; -au n° i-7, du
2• au 4• jour, uscension de 1° F.;-au n° 1.9, Llu 2° au.i• jour,
1° J•'.; -au u0 50, du 2• au 4c jour, i° F.).
Jlinhna. - Nous Yenons de YOil' que, memo dans des cas
morLcJs (6 fois sur 10), la temperature, U.la fin , csL tombuc, it
Memphis, au-clessous de lu normalo (au n° 72 j usqu'O:t 97° F.
= ::!6° c., cL memo jusqu'tt 96°F. = 35° c. au 1t0 :27).
Dans les cassuivis de guerison, la reglc a 6te la descente tic
la temperature, au-tlessous de Ia nor male, pendant la co uvalc:scence,
chez l'inunense majoriL6 des sujets.
Eu gPnet'al, c'est du 7• au 10• ou 11 • jour que le ui rcau normal
a L-le rctrouve, et, vcrs le :1.3" jour, la temp~raturc lombait
quclquefois cw-dessous de 36° c., variant entre 3~ et 35",~ c. =
9~ it 96° F.; YCl'S lc i5e jOUI', le niueau, 1'101'/llal eluit de llOUYCUU
rclt·ouv{·.
En resume, lcs ligncs thermiqucs de Memphis sont parfailcmenl
d'accord avec cclles de lu :\ouvcllc-Orleans. Ellcs dcssinent
UJI jJaJ'OJ'!fSiltC unique, compose d'unc ef{I!I'V('Scencc tlc
2 ou 3 it 4 ou 5 jours, ct tl'une ddfcrvesct•nce d'une tlizainc de
jOlll'S .
2° ~JJarch c ct~~ pot~ls, snivic suJ'/('s 73 tableauJ.· de Jl!emphis.
Colle marchc semble, pour lcs premiers jours s urLout,
comme calq u6e sur" la marche du pouls obscrY1;c tt ln. Nom·cllc"
Orleans. Une ligne, desce11da·nte des le debut) ln. clessine tout
d'abord, clans tousles cas. Dans les cas t:t·~·s-graves ct surloul
tnortels, on la voit s'arreler Llans sa descenLe et memo quclqucfois
remontcr. Exemples : n•s Bt>, 30; .iO , 47, 49. t>O:
r
Ul~ 1..\ Fti::\"HI~ J.\L~E. :31
Mui::; tH1t:On.:, llll'luu dan~ lcs cas mortel::;, pow·vu que la mort
nc soit pas trop proche, on la voit d'abord desoencl1·c. Bxcmplcs:
n05 H, 17 , '27, 72.
11 y a cepenclo.nt ww 1wc~-ace qui diff~renciu la uosccnte
de la lignc du pouls. au debut, it Memphis, de la clcscenlc de
cotlc memo lignc it la Nouvelle-Orlean~. lei, nous avons vu
lu. dccroissauce du pouls se mlentir it mesure qu'ellc avuncc
clans la descentc; it Memphis, Ia chute s'accelere dans la_descente,
apl'l•sle 2e ou le 3".iour. (1£x.: n•• i9, 20.) .l£n g(meral,
los cl1iffres <"·loves du pouls, au debut, sc sont mieux soulenus
it Memphis qu'ici ; ccpenclant, dans les deux villes, le 4e et le
5• jour, le pouls oscillail tlt-jit vcrs 80, et, du sc au 10• jour, il
clait revonu vers 60, mais c·aait pout' dcsccndre encore. C'est
it partir tlu 10e jour, en plcinc convalcscence,~qu'onremarquc
los grands minima du pouls, vers 40. Au n° 4, lc 10• jvur, lc
pouls etait tombl: it 35! - Puis, lc pouls se rcluvc, ct, vcrs
le i3c ou lo H>e jour, ~L partir du debut, il est ordinaiecment
rcvcnu au chiffl'c uormal.
Dans los cas mortels, it Memphis, !'ascension finale tlu pouls
a cte plus constantc et plus marqu(·e qu'idaNouvelle-Orleans.
Tandis qu'ici, ln.ligne llu pouls est resl('e desccndantc tout it
fait jusq u 'au bout dans un cas mortcl (n° i6), et, dans uu
autre, ltori::.ontalc jusqu'a la. Gu (n° J 0). it :Memphis, cette
TI11\111e ligne a. et6 montante d<tllS tons ]es cas UlOt'tOls. ~L, tan~
dis qu'a Ia Nouvelle-Orleans, pcuclanL !'ascension finale dt'-
110t~ls, on Yoyait la te111peratwrc tomber, il n·en a cte ainsi que
3 fois dans les faits de Memphis (n°8 i 7, 27, 72); clans los 7 auLres
cas, la tempt'·rature aussi ·montait ou au moins so sou tenuit
(nos lk9, 50, !~7 , 35, 39, 40 et i4). En sorte que, clans quelques
cas (1 dixicme des cas), ;\Memphis, on aw·ait pPcsquc
vu quelque chose tle cette fieure tenninalc, dont nous avons
entendu parler dans la fiuvrc juune obserYee ailleurs.
3° JJ!Molte compcvnJe clu pouts ct de let tempemture.
De ce que nous venons de voir, en examinant sepm'cmenL
nos deux cspeces de lig11es, il doil resulter Ll'elmngrs conLrusLcs
en lcs rappt·ochanL pout· les com parer.
En eifel, iL Memphis commc ~Lla i\ouvelJe-Orlcans. cc qui
frappe il premiere vue des laiJlcaux, c'est, au dtdJul, ladescentc:
constt.mtc des ligncs tlu pouls, pendnnL que cello tlc Ja temperature
monte, ou au moins se soutient, pendant los a ou-1, premiers
jours. Co qui n'esl pas moins remo.rqunblc, c'est, aprcs
ccs 3 ou !~premiers joUJ's, lc paraltelisnw descendant des deux
ligncs.
Daus les cas qui gueri:ssent, c'est i·L-dirc dans la grantle
majorite des ens. ce parallelismc se souticntjusqu'£Lla fin . Les
deux ligncs arrivent ensemble O.U nivcau l10l'll1al Ycrs le 8e OU
9• jour, puis elles lc dt!passc11 t, clcscendenl lou,iours ensemble
jusque vers le l o• jour, el alors se 1'Clevenl, toujours parallMes,
pour retrouver le niveau normal tlu 11• ou 12e jour, clu
1 i:8 ou 15e ,jour.
Memo dans les ca:s mot·Lcls, le paraliclismc des deux !ignes
u 'est plus Loujours lJJ'ise; ainsi, quand Ia mort arrh·e de trcsbonne
heurc, les pt·emict·s joUI·s, en plcine eff'c7·vcscence, les
deux lignes montcnt ensemble, ou au moins se souticnncn.L
pt·esquc de nivcau. Exemplcs: u•· 39 cl 40, cl sut·toul nC)s 47,
49, 50. Mais, quand la mort arriYe plus turd, apres lc .1-• jour·,
lc conlrasLc est frappanL : c'est une divergence des deux
!ignes, comme au debut; mais, it Ja fin, cclte divergence a
lieu en sens inverse. Tandis que Ia ligne clu pouts monte trcsru.
pidcmenL (n° 14), celle tle Ia tempr!mtttre se pn!cipite e-n bets
(n•• 1i, 27. 72).
11 u··~taiL pas possible de de ·i1·cr, pout· uoLrc Lramil su•· l'cpiclemie
de i870 de la Nouvelle-Orleans, uno confirmation
plus compl1~te que celle qui r6sulte del'etude que nous venons
de faire de l'epidemie de 1873. de Memphis, avec les malcriaux
publies sur cello memo epidemic par lc D• Saunders,
dans lc numero de mai 1874 du Nen·-Orleans Medical Joumal.
Ill
Cc) NSI DERAT I ON S GENERALES
ET GENERALISATIONS SYN1'HGTJQUES.
Cunsidel'ations genh·ales. - Dans l'etat present de nos
connaissn.nces mcdicales, la grande classe des pyrcxies ou
clcs cc flevres essenliellcs >l, comme on disait nagucre, a
rcpris scs clroits dans Ia science. Pour lcs mcdecins de null'C
temps, il cxiste en effet uno classe de maladies, cclcs fic~vrcsn,
qui sont caractcrisees cliniqucmcnt par une temperature Sl.wpltysiologiqli!
C, ct, causccs cssentif!llemcnt par la presence dans
le sang cl'un poison particuliet, ou p1'incipe (cb1·ig&ne, variant
avec cho.cune d'elles. ·
Du principe febrigl•nc rcsullc l'Espece, pour los fi!'·vrcs ou
pyrcxies. C'est puree qu'il y a un principe febrigenc pour Ja
variolc , un autre pour la scadatine , un autre pout' Ia
peste, etc ... , que ce sont Itt o.ulant d'Especes feb riles bien dis ..
tincLcs.
Parmi los Esp(·ccs febrilcs, une des plus communes, tlcs plus
rcpnndues, Llu moins dans los pa~·s cbaucls, c'cst l'espi:cc paludr!
enne. 'l'ous admettenL que pour cette espccc, qui vn.ut un
genre Lant clle est considerable ct yariee, lcs principcs fcbrigi•
nes 6manent du sol, << te/ltfS )), surtout du sol humi<lc au
moment o'l1 on le retournc, ou au moment ou l'cau slagnanfe
(( des marais (palus) )) qui le t•ecouvre vicnt a s'cvaporcr.
01', los p~Telologislcs tlc tout temps out divisc lcs cspi~ccs
,",
TYI'J:: .C:T SPECIFIClTE
f1;briles, « les ficvres n en deux classes, celle des cc continues n,
ou ficvres u ·wn saul pcvroxysme plus ou moins prolonge, plus
ou moins irregulier ou inc gal, et cclles des (iem·cs a plusicwts
paro.cysn,es, plus ou moins separ1~s ou confonclus, qu'on pout
appcler cc ficvres paroxysmales ». De plus !'experience a
prouve : i • que les fievres paludecnnes ou teltu,ri.ques prcsentent
se·ulcs, dans leur marche, le vm·i type pa1·oxysrnaltit lous
les dcgres il est vrai, depuis !'intermittence la plus franche,
jusqu'ida pseudo-continuite la plus trompcuse), 2° que cc sont
cos fievres ln, seulcs aussi, qui reconnaissent dans la quinine
lm Specifique, point infaillible toutefois.
Une fievre etant donnee, il est done clu plus hnut interet
de savoir si elle appartient a la classe des continues, ou tL celle
des paroxysmales.
Alaquelle des deux gran des classes fondamenlales la cc fievre
Jaune >> appartient-elle? La reponse a cctte question semble
devoir ctre facile; il paralt qn'elle ne l'est pas, tt en juge1·
par les solutions diverscs des auteurs. L'un d'eux, Devi•zc,
n'a-t-il pas dit, b. la page 196 de son cc TraiLe de la F.ii•vro
Jaune )) : (( quoiqu'elle prenne habituellement le type remit((
tent, clle peut cepcndant revetir lc type continu, et mt~me
cc le type intermittent. n Si nous consn.Hions, sur ce mc\me
sujet, Pugnet, Chervin, et plusieurs autres, nous constatnrions
la meme confusion ou prodigalite de type pour lac< ficvre
jaune. »
Aussi, ne faut-il pas trop s'1Honner de trouvcr u l'arliclc
cc li'ievre », du c< Nouveau Dictionnaire de medecine et de chirurgie
»,page 742, vol XIV, annec 1871, !'assertion suivante
clu professeur Hirtz, de Strabourg : <c II y a des pyrexies m:t
<< la ?'emission est longue et complete, la fievre jaunc1 par
cc cxemple, ou l'attaque initiate est separee de la fievre trrmi~
cc nate par une nJn1:ission de un ~t plusicurs Jours. ,
PourtanL, il faut reconnaltre que c'est !'opinion generale, it
l'hcurc qu'il est, que la fievrc jnunc nppartient c\ la classe
ues contin'tbCS. L'ouvragc unglais classique du ptol'esseul'
DE LA FI.EVIlE JAUNE . 35
. \ilk en, de Londrcs en temoigne : u Definition. -A Specific
« malign01nt {eve1· .of a continttons type ... » - Mais, cettc
opinion, gcncrulcment acceptce, est restec sans prcuves,
comme si ellc n'cn avait pas bcsoin. Tel n'est point notre
sc •ttiment, ct c'est uno des raisons qui nous ont fait cnlrePJ'cndrc
le present travail .
• \.ux premi•.,res unnces de notre pratique, !'application ucs
instruments de physique aux etudes cliniquos des ficvres
nous avait puru pcu stlre, ct surtout fort peu orthodoxc; avec
J'cxpericnce, nous en avons rcconuu la neccssit6. Et, nonseulemcnt
nous avons compris la n6cessite de l'cmploi des
instruments de physique au lit des malades, mais la necessile
aussi de l'6tude attentive clcs chiffres exacts qu'ils fournisscnL.
Nous sommes done tres-facilcmcnt revenu quanclll s'ag·it ue
science t\ l'ecole Hwnerique de Louis.
11 est evident ensuite que la transformation tlcs tableaux de
chi!fres en tableaux de lignes, inaugur6c dans cos dernicrcs
annees, a eL6 un veritable progres.
Maintenant, quand il s'ugit, pour uue fievre, tlc tableaux
de chi!fres ct de ligncs qui reprcsentent, comme los notres,
ce qu'il y a de plus essen tiel, de plus in time, dansle lliOlt-vcment
pyretique tla murche du pouls ct celle de la tempcro.ture sutphysiologique
du sang), n'cst-il pas incontestable que cc5
Lableuux-la rcpresentent comme lu qt~intessence des obscrvu.tions
cl'ou ils sont tires·? lis sont done pour nous mcdecins, cc
que sont potu' lcs chimistes leurs ea:traits dans los laboraLoires,
et pour lcs mathematiciens leurs fractions rc'duitcs ct lc&
plus simple e.cpressioll, dans Ies calculs.
Mais, s'il en esL ainsi, ll importe de rcmnrquet· que pluslrs
moyens d'investigation sont exacts, ct plus les n)sultats
scraicnt deplorables si !'application en etait mal faitc; ellc
scrait on ne peuL plus mal faite eviclemment si., croyo.nt les
nppliqucr it !'etude d'une fievrc, on los appliquait it 1'0tudc
thmc auLt·e fievrc : si, pat exemplc, ct·o~·;.mt t!tuuicr des cas
1!0 fitm·c ,jaunc, c'etuit des cas tle fievrc palud6CH11C qu'ou
36 TYPE ET SPi:CII•'ICITi:
etudHi.l. Malncureuscmcnl, il en esl arrive ainsi bien souvent.
avant l'cmploi des inslJ'uments de physique; avec cux, il importe
d'cteo plus atlen Li fencore; car, si les erreurs de iliagno::;Lic
cl'aulrcfois expliquoni les coufusions et les contradictions
donl se compose l'hisloirc de la ficvrc jaune jusqu'~L ce jour,
cos memcserreurs,aggr:tvees paries instruments de precision,
rendraiont ces confusions et ces cont.radictions plus grandes
encore. II est vrai que les resscmblanccs sont grandes entre
la ficvre jaunc, fii>vrc continue nux tendances hCmorrhagiqucs
los plus dccidccs, ct los ficvrcs paludeenncs des pays
chauds, non mains rcmo.rquablcs pnr ces memes tcndances
ht'~morrhngiques, et par leur penchant ala conLinuitl·.
Au siccle dernier, a\'tmL ln. premiere apparition de la ficvrc
jaune en Espagne, los medecins de ce pays connaissaicnt
tres-bicn les fievres paludeennes avec vomisscmcnt '1loir ou
fievres paluc16ennes lu!n•atemesiqucs; on en Lrouve la prem·c
dans un passage des ouvrages de Piquer, mt~clecin du roi
Ferdinand VI; ce passage est trop curieu.'{ pour n't:Lre pas
rcproduiL : « ~n 17;)8 , la cour alla, suivant I' usage, pa!:=scr
cc la belle saison tL Aranjuez; c'csL un endroi t malsain en
« etc ct en automnc; on y observa cette annee-ltt beaucoup
« de (ievres tiC1'CCS ;ll'etaL epidemique; parfois, /cs ctCCeS s'ac
« compagnaient de vomisscme'1lts noi1·s. » Plus Lard. aprcs
!'importation de la ficvrc jaunc en Espagnc, lc fait des
vomisscments noirs, dans le cours des fievres tcllwriques du
pays, fut sl parfaitcmcnL oubli6 q uc !'expression cspagnole
« vomito prieta» ou <<negro "(vomissement noir) clcvint, pour
les medccins de la Pcninsulc, s~·nonyme de fii•vrc jaunc,
comme )'expression c< Black vomit >) l'est clevenuc n.ussl, pour
les medec.ins anglais eL anglo-mnericains.
Ces confusions de mots cL de chases expliquent les llifficultes
du diagnostic de la fievre jaune dans los villcs ott il arrive,
commc dans la notre, que des ficvrcs palurlccnncs, avec
VOJniSSC1nC'1ltS noirs, vicnnent it regncr epidemiqucment pendant
uno epidemic de ficvrc jaunc. Il y avail done lieu de
....
DE LA FlEVRE JAUNE. 37
prendre le~ precautions que nous a.vons indiquees, pour ctrc
ussur6 que los observations que nous avons anolysees appartenaicnt
bien, sinon toutes, au moins prises en masse, ala
vraie li'ievrc Jaune.
1° Type continu de la (iem·e jaune. - Le premier fait qui
ressort do l'cxamcn des 103 tmct!s lineai1·cs releves a NewOrleans
et lt Memphis, c'est que la fievre jaune, dans ces
deux villes, n'a eu qu'un seul pa?·oJ.'ysme ot qu'ainsi ollc appartienl
ala classc des continues; pour s'en assurer, il sufflt
de les parcourir attentivmncnt. Nous n'aurions que cettc cenLaine
de t1·aces que nous nous prononcerions harcliment.
Mn1s rMja, cl~ns une brochure puhli6c on i8n!-), nous nous
basions sur los chiffres du pouls d'une centaine d'observations
pour 6Lablir certaines propositions, et de ces observations
ressortait aussi la preuve de In continuile du mouvement
pyretiquc dans la u ficvrc jaune. >> Depuis, j'ai trouv6
dans uno brochure do Blair, inLitulee : «Some account of tho
u last Yellow Fever epidemic of Guiana, 1.852>>, un tableau des
chiffresdupouls releves chez plus de t~,oo malacles,etce f.?.blenu
aussi vient tcmoig-nor en faveur du fait d'un set~l pa1·oxysmc
dans In fievrcjaune. Voil.'t clone plus de six cenls faits cliniques
montrant la flcvre jaune comme uno (tev?'e cont·ir~ue i\ un
.~f'ttl paro:rysme.
Ces six cents faiLs particulicrs vont plus loin : ils vont jusqu'a
montrcr quo la fir,Te jauno rctienL, consc1·ve son type
c011ti-n u, meme au milieu des 6mnnntions les plus conccmrees
du poison paludeen; ct que, par consequent, elle rcsislc efficacement
nux sollicitations paroxysmiques los plus puissantes.
En effct, New-Orll•ans eL George-Town s'elevent au milieu de
marais, et Memphis aussi, comme nous l'apprend len·· Saunders
: << La partie basse de Memph~s, appclce«Happy-IIollow»
c< est Mtie sur des terres deposces par lc Mississipi « Bntlttb?'e
cc land >> et, cc lieu est reconnu pom· c\lrc le « ffot-bed >> des
38 TYPE ET SPEClFlClTE
'' affections malal'inles en ct6 et en automno, » c'est-U.-diro que
c'est une << serre-chnude »pour les semences paludeennes.
Or, au milieu de toutes ces conditions mnrcmma~iques ou
marecageuses, en Louisiane, commo tL ln Guiune1 comme au
Tennessee, la ficvl'o jaune est partout domeul'ee une fieVJ·r
continue U 'M~ seul pa1'0X!JSme.
2° Speci{icite de la (iev1·e ja'Ut1te. - C'est le second point,
et le plus important t\ nos ~·eux, que nous flf>sil'ons fail·e ressortir
du present travail.
Trousseau, l'un des multres les plus nutm·ises de notre
temps, avnit accepLA, sur le compte de 1'(( cspuce mm·bide »,
l'idee exprimee dans le passage suivnnt de Sydenhrun : <<Una<<
fJu<eque mo1·bo1'wn, non mi1~us quam cmimali1.~m ct'u.t vegetal<
bilium, << Species », " affectiones » sibi p1·op1·ias, ac: ~witer
<< u,nivocas, ab rssentia sz~ promamentes, sortila est. >> (Fif>vres
pestilentielles des annees !6615 et !666, § i7 1.)
Nous ne pouvons done mieux faire quo de nous conformer
ll cette idee, pour 6tablir les droits de la (( ficvro jauno )) a la
sped(icitd. Seulcmont, un rapide commentail'e, it ce sujet,
nous semble ici n6cossaire.
L'exp!'ossion '' a{fectiones >>, dans lo passage de Sydenham
que no us venons do ci ter, est fort romnrquable; olle est prise
hi dans le scns quo lui a loujours donne 1'6cole hippoct•atique
11 tmtlitionnelle ct progressive tout ensemble )), parliculierement
ropresentre par Cnyol, <i notre epoque. Los" affections»
(ctffectiones), pour cotte €>cole, ce sont les effels des causes 11101'bi(
tques s'UII·l'o1·ganisme. L'organisme est 1.m; ot, par consrquent,
sa 1·eacti0?1t est toujo~ws W"lte (comm'UIIU' r£ toutes maladies),
mais les eflets, les <c affections » qu'il cprouvc de la p:trt
rl u moncle cxt6riour, sont rnul tiples et infi nis, com me co monde
cxthieur lui-memo. D'une maniere gcneralc, on peut dire
quo Ia malarlie est la srrie de phenomi•nes qui sc manifestenl,
toutes les fois qu'un confiit s'etablit entre l'organisme et une
cause morbifiquc quclconque. La maladio se compose done et
r
DE J.A FlkVRE JAtJNE. 39
de l'nffection et de la reacLion de l'organisme. En particulier,
rln.ns les maladies nppelccs les (( fievres >> ou « pyrcxics n, ln.
tcmpcPature sur-physiologique qui se cleveloppe, t< lo. fiilvren,
pt·ovicnt de la reaction do l'organisme contre les principes
fcbrigencs, el, de plus, il y a la scrie de phenomenes qui
rcsultent des efl'ets que produiscnt sur l'organisme ces principes
febrigenes eux-mcmes, qucls qu'ils soient. Or, ce sont
res ef{ef.s qui constituent ce que Sydenham, avec toute la tl'arlition,
appelait tt affections ,, (affectiones) ; ce sont done eux,
( ce sont les affectiones) qui doivent servir a clistinguer, it sepn.
rer « les fievres >> les uncs des autres; ce sont les phenomenes
affectifs des fievres qui doivent servir a les classfw. En
d."nutrcs termes, c'estdes phenomenes nffectifs que doivent elre
tirPs les signes cliflerentiels des fieures.
Le pyretologiste, pour cta.blir !'existence d'une (( 1'!J'f"C['fie »,
pour la separer de toutes les autres t< especes febrilcs », doit
done s'attacher a la serie de phenomenes qui rcsultent des
cffets procluits sur l'organisme par les << principes fcbrigi·nes »;
oL, toutes les fois que, dans cette serie, il saisit quelq~~e chose
qui n'appartient a aucune autre« espece febrile connuc », il a
rli•s lors la certitude que ce quclque chose cal'acterisc uno vmic
tc espece febrile », laquellc a clone droit ~L 1me place specialr
dans les cadres nosologiqucs.
L'tc espece febrile >> est don~ une abstraction de !'esprit;
c'eslle pyretologiste qui laconstitue. Le(( principe ff•brigrne >> ,
au contraire, est un 8tre conc1·ct, materiel, rrel; ilt•chnppe aux
sons, parce qu'il eslinfJniment petit; mais, lcs cffets qu'il proiluiL
tombent sous lessons, c~ ce sont ces cffets spdci(iques qui
nous permettent d'en o:Wrmer !'existence reellc eL speciftque.
Quand clone nous disons avec Syclenham et 'l'rousseau que
<< les << cspcces febriles » ant leurs affections prop?"es, invaria
« bles, ... etc. >>. c'est des cc principes febrigencs » oux-m•-.mes
que nous entendons parlcl'; ce sont eux (matieres (ebrilcs des
anciens) qui ont des ca1·acterfs tp?"Op?·es et speci{iqucs; co son t
eu.r qu'il fauclrait f>OUvoir rlasser, eL non pas les << (rl>v1·es. >> •
40 TYPE ET SPECIFICJTE
Nous savons que los idees que nous exposons la seraient
regardces comme de grossicres heresies par le professeur
actuel de Patholog·ie generale de l'Ecole do Paris, si elles parvenaient
jusqu'a lui; no us le regrettons d'autant plus, que no us
honorons en lui, sinon l'un des plus orthodoxes, au mains l'un
des plus brillants representants duVtTALrSME; mais enfin,les
droits de !'observation doivent passer avant ceux qu'on est
tenu de reconnaltrc au talent, memo rehaussc par les posi~
tions scientifiques les plus elevees.
Le professeur Chaulfard, si je l'ai bien compris, enseigne
que le « pdncipe fobrigtme », en tant quo 0Ausr::, n'est rien,
que l'a(fection est tout. Pour lui, en clofinivc, c'est l'a/leotion
qui est la vraie et seule cause morbifiqne. Par· consequent, Ia
~Jause mo1'bifique s!pm·ee de l'm·yanisme, tL ses yeux, n'existe
p~s. << C'est l'economie qui con9oit, engendre spontanement,
c'est-a-clire par elle-meme la maladie »; p. 267 des P1·incipes
de patftologie gbreraie.
L'etude pratique de la <' fievre jaune ,, , au contrairc, ensoigne
<t s'occuper du cc p1·incipe febrigt!me ,, clc cette Fievre
en taut qu'et1·e 1·eel, 1nath·iel, memo separ6 de l'organisme,
meme et sw·tout avant sa rencontr·e avec les OJ'ganismes humn.
ins susceptibles de prendre cette Ficvre. C'est un ctre invisible,
impalpable, inaccessible enfin a to us nos sons, meme
armes des instruments grossissants, mais qu'on pCMt det1'Ui1'C
tnnt il est reel, h\ oit l'on sait qu'il est, dans lcs cctles de certains
na'IJi1'es, et quelquefois de navires qui n'ont point eu de
malades, ou du Lout, ou du mains depuis fort longtemps. Si
Melior n'utlt point fait cloigner a temps de Saint-Nizaire,
l'A1~ne-Afa?'ie, ainsi que plusieurs autres navires venus comme
elle d'Amerique, avec leurs cales pleines de l'air de la Havane
et d'autres lieux, qui peut assurer que Saint-Nazairo etlt
echappe it une epidemic de« Fievrejaune ,, en 1.861? Et, s'il
n'y avait point de cc principe febrigene » de Ia fievrc jaune
existant par lui-mcme en dehors de tout organismc, si certaines
cales rle navires ne le recelaient quelqnefois en l'ab-
DE LA FIEVRE JAUNE. 41
sence de tout malaclo, que sig-nifieraient d'aillours le « dechnrgement
sanitaire des navires » et meme leur cc snbordement »?
Ces cc mesures quara.ntenairos » sout fondees evidemment sur
les convictions, sur la certitude qu'il cxisLo pour la cc fievre
jaune)) des (( principes fcbrigenos )) separes de tout organisme
humain et existant pa1· eux-memes quels qu'ils soionL. Puis
ensuite, le succes do !'application de ces mcsures quand elles
sont bien prises, les malheurs dont on est tcmoin lit. Otl on los
neglig-e, vicnnent prouver que ce n'etait point une vaino conviction,
mais, au contraire, une certitude parfaitemenL fondee
sur !'observation qui los avaient suggerees ct inspir6os.
Los preuvos de l'existence d'un principe febrig-ime particulier
pour la. Fievre jaune, existant par Iui-meme, abondent
clone et memo surabondcnt; mais il yen o. une, tircc en quelque
sorte do son essence meme, ot que nous voulons rssnyer
de donner.
Dnns la serie de phenomenes alfectifs qui caractf'risent la
Fii•vre jaunc, en peul-on saisir un qui lui so it pro pro, qu i ne
puisse relevor que du cc principe fc;brigene », ot qui he manque
jamais d'Hre produit'? Nous le croyons.
C'est notre opinion qu'il n'y a quo la cc ficvre ,jaune », ot{tre
loules los« Ficvres », qui prcsonto cc une constante dt'•croissance
clu nombre des pulsations artcrielles, des le debut, nussitOt
que le nw:rimwn-, on est ntteint, c'esHt-dirc drs los premieres
heut·es, au JJlus fort rlc la 1·6action pynJtiquc de l'm·(Janisme,
et nous pensons que cette decroissance des chtlfros clu
pouls, dans la fievre ja.une, des lcs pt'emicrcs heures, alors
que souvcnL In temperature febrile va :memo encm·e croissant,
no peut s'expliquer, ou so concevoir qu'en l'attribuant it wnc
action speciale du « principo febrigcne » lui-mi'·me sur l'ot·gane
central de la circulation, sur le cceur. ~ous verrons, d'aiUouJ'S,
que cette decroissance in itiale des chiffres du pouls csl constante,
appartient du moins al'immonse gencralite des cas tle
Fievre jaune non compliquee.
11 ne s'agit point ici de savoir si c'est rlirertenwnt pnr Je
42 TYPE ET SPECIFTCJT~
contact avec l'enclocarde du sang contu.minc par le <<poison
fcbrigcne >> que co signe est procluit, ou si c'ost incli1·ectement
par l'intermediairo du systeme nerveux, par action ?'eflexe,
comme on dit aujourd'hui; tout co que nous desirous faire
rema.rquer, c'est que, des que la fievre :est allumee par le
<< principe fcbrigene », des que cette fievre u. atteint, quant au
nombre des pulsations arterielles, son maximum, ce nombre
Vtl decroissamt. Cela etant, n'est-on pas en droit de penser que
le <c principe febrigime » de la fievre jauno jouit done de la
propricte de faire diminuer le nombre des battements du
cceur par minute, des que !'effervescence fcb?·ite est allumee
dans le sang par lui, et des qu'il a fait mon tor le chiffre des
bnttements du cmur au maximum moyen (t1b1·ile ou extrnphysiologique
qui lui est propre?
Quand, apres avoir administre des doses suffisantes de
vemtrum ou de digitate, on constate que constamment le noml)
re des battements du cceur par minute diminue, n'en conclut--
on pas que ces deux poisons ont done la propriete de
J'alentir Jes mouvements, de diminuer le chiffre des battemepts
du creur po.r minute? Les analogies sont completes;
les conclusions sont done aussi legitimes cl'un cote que de
]'autre.
II importc de plus rle remarquer que la clccroissance des
chiffres du pouls dans la fievre jaune, est un phenomena
tout o fait du debut, so montrant alors quo tousles symptomes
observes ne peuvent relevcr que de l'action sur l'organisme
rlu principe febrigcne lui-meme, eL avant qu'aucune alteration
organiq~tc n'ait pu entrer en scene, et tlevcnir a son tour
une des causes secondes des phenomenes morbides observes.
Les rlegen(n·escences graisseuses ou builcuscs constatees aux
autopsies ccs dcrnicrcs annees, meme dans les {ib1·es du cmwr,
a la suite rle la Firvre jaunc, ne peuvenL pas exister des les
premieres hrurcs c!e 1n maladie; de plus, il est impossible de
les ad.mettre dans les cas legers de quelques jours de duree,
suivis cl'une convalescence immediate, et pendant lesquels on
DE LA FIEVHE JAUNE. 43
n constate cepondan~ un abaissemenL extraol'clinaire des
chiffres clu pauls, abaissement, du reste, qui clisparalt en
quelques jours d6s qu'on peu~ administror tles sLimuln.nts et
donner un peu de nourriture. Les effets electifs de l'aLropine
sur les mouvements de l'iris nous paraissent avoir do l'analogie
avec les effets que produit sur les baLtomenls rlu camr le
poison de la Fievre jaune ; dans les deux orch·es de phenomimes,
si les alterations organiques survicnneul, cllel; ne penvent
etre que secondaires et tres-tardives.
La preuve clinique do la diminution immCdio.lo clu nombre
des pulsations artcdelles clans la fievre jaune, aussiLflt que
ce nombre de pulsations a atteinL son apogee, rcssort nette et
saisissante de l'oxamen des i03 tableaux de lignes qui composent
le fond de notre travail. 11 suffit, en offel, de parcourir
des yeux un a un ces tableaux, pour s'assurer que dans taus,
;\ peu d'exceptions pres. la marche du pauls esL representee
au debut, par une ligne droite, oblique, descendante (la ligne
infcrieure), parlant de ln. colonne du premier jour, quand on
en a puposer le premier point ce premier jOUJ', ct poursuivant
sa di1·ection descendante los jours suivants, jusqu'au bout s'il
ne survient pas de complications, et jusqu'au moment de cos
complications s'il en arrive.
Ce fait general <<de 1tt clPcroissance du nombre des pulsations
arterielles dans Ia fievre jaune, des 1e dl•buL », qui ressort
si nettement de La direction descendamte de ]a ligne du
pauls dans Ies tracl;s lineai1·es de la prrsente monographie,
n 'ost pas nouveau pout• no us ; il no us avai t saule nux yeux
quand no us avions tmnsformP. en tableetiUX gt}n.e?'C£1~{)", ala Cagan
clc 1'6cole de Louis, uno vingtaine d'observations que nous
avions prises avec soi n pendant la seconclo grande epidPmic
flont nous avons 6te l6moin ici, celle de i853. En parcourant
du regard la colonne du pauls dans nos 19 observations de
18;)3, transformees en tableaux. le fait general de<< 1a d6croissance
des chiffres du pauls du premier au deuxii~me, puis du
deuxii>me au LJ'OiSii\me .jour, etc ... ,,, n 'avail pas pu no us
4({ TYPE ET SPECIFICTTE
echappcr. Mais, qu'6tait-cc qu'unc vingtaine d'observations?
C'etait beaucoup, parco qu'il s'agissait h't d'un fait limite ct
etabli avec un instrument de preciJion; il s'agissait, en effel,
tout simplement du chiffre des pUlsations aJ'tcrielles parminute,
compte exactemcnt avec une rnontrc [t scconcles. Aussi,
to us los faits recueillis de puis son t venus le confirmor.
Cette remarque, quand plus turd nous nvons pu reunil' uno
trentainc tle traces lin(·aires pour etudicr la marchc de Ja
temperature dans la fievre jaune, ap1'1'>s l'epidernie de 1870,
nous a donne confia.ncc qu'avec cettc trentaine de « traces ))
nous pouvions dej<i arriver a quelques resullats importanLs;
et, c'ust cc qui nous a. encourage a ecriro lc travail public sur
cc su,jct, clans le no de septembre 1873 clu .Yen• Orleans Medical
Jowmal. Les faits de Memphis (!873), recueillis pendant
que paraissait cc n° du N.-0. AI. Jom·nal, ont ete la confirmation
la plus complete qu'on put desirer des 30 faiLs observes ft
New Orlcons en 1879. Done, 20 ou 30 fails particuliers, ma.is
e.rac/s, de toute l'exaclitutle d'instrmnents de physique, onL
uno valeut· considerable; avec une centainc rle pareils faits
les rcsultats sont deflnitifs.
La marche dela temperature et du pouls clans les «Fievrcs "•
tient t't tout ce qu'il y a do plus profond et de plus intimc duns
lc mo1wemcrzt py1·etique; cllo relcve de l'aclion du << principe
febrig·enc )) SUI' le sang et sur le cceur. Il n'est clone pus surprenanl
que, de tout temps, les medecins aicnt attache, pendant
le cours des fii·ncs, une importance extr~me it !'exploration
clu pouls, dans lequel retentissenL lcs bnttements du
C<l'ur, ct aussi <'tl'exploralion de la chalem' cxagt·rec de Lout lc
corps consLatec par le toucher, alors qu'ell6 s'csl repauclue du
Stlllg-it toute Ja smface de la pcau.
La montre it secondes ct le thermomctrc sont venus donner
it cetle double exploration l'exnctiLucle cl Ja precision qui
souL nccessaires it des recherches scicntifiqucs; car, pour la
pratique COUI'Unte ct j ournaJicre, lc meclccin suflisammenL
exerce PL C'xpf. r'imr.ntr• co ntinuera, celn vn. sans dire, ;'t se con-r
I
J
0!:: LA FlEVRE JAUNt:. 45
lcnlur de :;a main. Au conlraitc, quand il s'agil de recherches
sr.ientiflqucs, les instruments de physique deviennent imlispcnsables;
sans cux los resultats ne seruient pas memo comparables.
Dans cos dcrniercs ·annces, l'entraincment pour les etudes
the?·mometriques des (( fievres )) a trop fait ncgliger !'etude
cxactc du pouls ; pour notre part, nous demem·ons pcrsuacllquc,
si clans le line de \Yundcrlich sur la Tempemtru1·e clans
les maladies, les lignes thermiqucs ctaient.[accompagnecs do
cellos du pouls, la valeur de l'ouvragc en serait doublce.
Lcs chifTres du pouls, fournil:> par la montrc tt sccondcs,
dans l'cLucl(Lle la marche clu mouvcment p!Jrl:tiquc des << l"ii•vrcs
», ont, en cffet, auLanl de valeur que ccux donnes par le
thermo metre pour la marche de la temperature; ils sont aus~i
exacts; ils mcritcntclonc la memo con fiance; Hs reprocluiscnl,
d'aillcurs, zvn etc:ment de cc mouucment aussi impol'Lant q uc
l'autre; les moyewnes lirccs des uns valent les moyenncs
Lirccs des n.ulres. Avec ces nwyennes, nous pouvons done obtenir
des !ignes generales ou mavcnnes, qui sonL la manifel:>LaLion
aux ~·em:, ou !'expression gencralis6c de la mM·che du
pauls, cwssi bien q1w les aucres le sant clc la mm·cltc de fa. tcntJJI!
mturc.
Gendmliscbtians.- Dnns la prcmit''rc partie clc cc Leo.m.til,
no us nvons pro cede par voie analytique en pl'oduisanl unci. ·un
nos traces line'ai?·cs, qui son l c!atctb1?- l'cxprcssion.d'un (£lit J)({rticulier;
dons ccLlc clcrnit'•rc partie, cssayons malnlcnnnt. pu1'
~aie synt ltelique, en rt\unissnn t ct (andcvnt ensemble lcs fit its
particuliers, it !'aide de chi!fres mavens clonno.nL des !ignes
moycnnes, essayons de nous clever ~t }'expression ~lc (ails (1(:nemu..
v rcpresenles par des cbi!frcs moyens, Lransformes cu
lignes maycnnes ou generales.
l"Yf>E ET SPECJI.'ICITE
Tabl ea11 des chilfNlS moyeus ctu (IOnls, tb•es d 'uu ga·naul nomb1•e
d'epidemies.
Jours. l<r :!• 3~1 I• ~· 6• 1• s. ~· 10• II< l~u 13•· l ~e
- - - - - - - - - - - - -
~ew·Orlean s .. Jl3 10~ nu Si 16 7:! 67
Georg• ·To\\ o .. 91 90 S3 gu i~ ; ~ :s 75 i J il ;G :G 79
llcmpbi; ...... II\ Ill 1117 9G b6 H G~ 68 ijl li:; Gl ~I ~~~ S:!
~lcme tableau en ligues.
Ligues moyennes tlu pouls pour Memphis, New Orleans et George Town.
rTT§ ~ ' . ~ •b 0 , 8 .10 1-l J.'J L~ ._ •) .o
111 10 .. t
tn
J~ 17t'
71'1 14 .J
6S 'JJq
611 ~·· .,,
I
•• IJO - s• 1211 .J.P .
~· JJQ f- -
"" JQ(} Jl
J> ~·
JO ,. n ..
.. ,. "N ....
111 IJ(J .Jt1
' -
De pareilles !ignes moyennes, obtenues par lc rapprochement
de centaines d'observCLtions pa•·ticulicros, d'un grilnd
uombre d'cpid.emics, cle trois pa~·s dilferenLs, ne peuvent pas
manquer d'a.pprocbcr beaucoup de l'expression graphique de
l'une des camctcristiqucs de la. fievrc eLuc.lice. Leur conformite
entre elles n'esL cgalce que par leur originalilc; jc veux dire
que, lrrs-diffcrenles des !ignes du pouls que poUl'raicnt donner
tH:: LA FJEvru;; J.\.u::-;~::. 47
lcs nutres fievres, ct, en cclu tres-oriqiJwles, cUe::. sont pourLanl
t1"1Js-semblables enLre elles.
Sans doutc, le point de depart de la ligne tlu pouls a ete
plus cleve a Memphis ct it New Orleans qu'tt Georgetown, cl,
en revanche, a Georgetown, cette ligne est descenuue plus
lentement et s'esl, par consequent, soutenue plus longlemps
au-dcssus du niveau normal; mais, dans les lrois pays. clle a
rle clescendante des lc 1n·emic1· jour, et elle a mis au moins un
septenc~i1·e, en moyenne, pour retrouver ~t peu pres lc niveau
normal. Voihi, a nos yeux, lc poi·nt caira.ctdristique par excellcuce
de Ja vraie fievre jaune. Dans unc brochut·c puhll6e
cu 1859, voici comment je m'exprimais tt cc sujcL, page 84:
<< Je pense etre arriv6, pour le diagnostic diffr'·renLicl de la
Fievrejaune, a un fait general de quelquc importance; jc veux
pru·ler de la decroissance rcguliere des chiffrcs du pouls. du
pl'emier ou second, du quutricme ou cinquicmc jour, dans la
vraie fievre jaune, dccroissance rcgull~re ct rapidc du pouls,
qui est telle, d'apres un rclcv6 d'ttne centaine d'obseruations,
qu'on reconnaitra peul-t'•Lrc que c'est lit lc ·vth·itable cw·actere
de cctte [ievre. 11
Aujourd'hui, d'apres lcs Cail::; accumules dcpuis et compa·
res, on peut affirmcr qu'il n'y a que la Pievre jaune, entre
Lout.cs les Pyrexies, qui presenle un mowvement febrile tuJ, que
lc chiffre dRs pulsations arteriellesqui le mesurc, commence a
climinuer des qu'il a alteint son apogee, et cepcnclant ne
rctrouve lc chiffre normal qu'apres un seplenairc de duree.
Une telle marclte descen.dante du pouls, avec un purelllc dunJe,
n'appartient, je crois, qu'it la ficvrejaune; la ligne qui lu rcpr~sente
doit done ctt·e ca?·actd?·istique.
2° Marche de la ttml1Jdralu1'l'. - Pour la ma1·c!w de la temperature
dans Ja fievrc jaunc, nous devons arriver ~~ des li~
gnes tout aussi significalivcs. En efi'et, ccu.x qui se sont oc~
cupcs de la marchc de la leruperature dans lcti u fii·\Tcs "cu
48 TYPE ET SPECIFICIT£
general, sout rcslcs persuades que cltaquc P!J?'rxie, chaque
cc espccc febrile 11 doit avoir sa Ugne de tcmpcmtw·c C(Wacte'
l'istique. La fievrc jo.une doit done avoir ltt sienne. Ohcrchons-
la par le procedc des chiffres moycns.
Voici les tableaux que nom; donnent los 30 traces de NewOrleans
ct los 73 de Memphis:
Tableau •les ebiffres moyens de Ia tempc a•aturc.
~ Jour•. trr 2. 3' ~· 5• 6e "ie Se o. 10< lie 12< "'1 New-Orlc:ous .. 30•8 JQnS 30• Js• s 38•3 38· :~so 3~()0 37•8 3io!i
~lBulpllis .... .. 30 '~ 30, I 30 39 30 as. G 3iJ5 31,2 30,6 30, j 36,7 3G, i 36, o. 36,?
Cos tableaux de chiflhs moJ·ens, transformt-s en tableaux
de ligncs, parleront nux ~-eux d'une maniere plus frappante.
Voici le tableau de ligncs qu'ils nous donnent:
~lcme rableau en Ugues
· Lignes moyenncs tie Ia temperature it New Orleans ct it Memphis.
o; o; ~ I~ r.; 1 1
10 110 p b ~ 0 8 9 lO 11 " 1 ~ '
t_t) JO
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Ue::; Jigncs moyennes de temperature d'epidcmies Je Iievre
j<lune, en deux pays differenls, compnrees aux lignes typiqu,es
de la temperature de quelques aul1·es (( Fievres, '' lelles qu'on
pent les voit' dans l'ouvrage du professeur \Yunderlich, ne resscmblent
it aucune d'elles; el, au contraire, laligne moyenne
de Lcmpera.t ul'c de fievre jaunc de New-Orleans, comparee tl
Ja meme ligne de Memphis.lui csL semblable : les deux lignes
prcsentent lcs memes brisures, en nombre egal et avec les
memes directions : done leu!' pu.rentc doit clre aussi etroite
que possible. 'l'outes deux, appartenant, en cffet, i.t la meme
fievre, elles murquent que le lllarrimum a ete atleinl cles le
debut,.cru' il s'esL soutenu 2 j OUJ'S iL ·Nevv-Orleaus et o jours cJ.
Memphis; qu'il a tHe s uivi d'un dllClill de !J,jow·s, dans les deux
villes; a pres quoi, dans les deux villes, les lignes de temperaLw'e
ont repris u peu pres la dit·cclion horizon tale. celle de
Memphis remontant un peu, Landis que celle de New-Orleans
l'eprenait la dil'cclion descendante; mais, en definitive, le sepLenaire
achev6, les lignes de ltL temperature n·avaient pas
encore reLrouvt'· le n iveau norm ttl, ::J7• c., ni a New-Orleans, ni
a Memphis.
De pareilles !ignes Je tempct·nLUI'C doivent clt·e Lypiques.
La similitude des !ignes de la temperature a la NouvelleOrleans
et tl Memphis, sous le rttppcwL de leur mo.l'che et de
lew· clirecLlon, n'empuche po.s que la ligne de ln NouvelleOrleans
moutre que la reaction febrile y a ete plus vivc, plus
elevce et plus soulenue qu'tt Memphis. Le premier jour, la
ligne de la Nouvelle-Orleans marque plus d'un demi-degre
centigrade de plus que celle de Memphis, et, vers le commencement
du second septenaire, uu dcgre de plus; en sorle que,
Landis qu '~Lee momcnL, ala Nou vulle .Orleans, lo. temperature
se mttintenaiL presque febrile VCJ'S :{8° centigrades, u Memphis
elle tombait meme au,-des:,-ous de la normalc. a 36° ,5, le
ueuvieme jour.
Maintenant, :.i twu::; mpp,•uuhous dans le:. llleruc::; caclres le~
lignes moyenncs cle la temphaLure et les llgnes mo~r,e nucs
50 TYPE ET SPECJFJCITI~
tlu pouls, nous devons obtenir quelquc c.:hosu de plus caracteristiq
ue encore.
c...
l\lcmes tableaux en H;;nes. lUemcs tableaux en lig ues.
L1gues moyennes du pouls pour Memphis, New Orleans Lignes moyennes de la temperatum il. New Orleans
et George Town . et ~ Memphis.
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51
l:c:, ligue::; moyennes, rapprochces eL CO?IIpan!es, et du pouJs
oL de la temperature, laissent entrevoir ce qu'il y <t de plus
caractcristique dans la Fievre ,jaune : pendnnt que les lignes de
Ia temperature se maintiennent pr-esque ho1·i::;ontales, penchllll
deux ,jours it la Nouvelle-Orleans, eL jusq u'it cinq ,jours a Memphis,
on voit les lignes du pouts descend1·e des le p1·emie1· jour,
dans los deux villes, d'aborcl plus vile a New-Orleans qu'a
Memphis, puis, a partir du lroisicme ,jour, plus vite a Memphis
qu'a New-Orleans.
Mais, plus les cas sont graves, et plus on doit voir lcs carac~
teres des lignes s'acccntuer : c'csL done dans lcs cas morleh
qu'ils doivent sc dessinet lc plus profondement. 'l'ransformon~
done en lignes les cbilfJ'es moyeus des cas mortels; nous
avons precisemeut 1.0 cas suivis de mort, pom chucune de ces
deux villes.
Cos !ignes moyennes des cas mortels montrcnt que, dans
ccs cas-la, lc ma.timmn moyen, 40° c., s 'est soutenu pen dan L
les 3 premiers jours a la Nouvelle-Orleans, tandis qu'u Memphis
il a ete depasse, et memo a ete en m.ontant pendant les
i, premiers jom's; pendant ce temps, dans }(::s deux villes, La
ligna dtfl pouts clescendait, mais bien plus rapidement ala Nouvelle-
Orleans ·q u 'a Memphis.
A partir du quatrieme jow', on voit dans le cadre de la Nouvelle-
Orleans les deux lignes presenter des oscillations lto?·izontales,
pendant 4 ou 5 jours. Ces oscillations ho?·it:;ontale::;
indiqueut la periode des congestions viscer-ales que nous
a\'Ons signalces comme lc pl'esage des accitleuLs graYes. Dant'
le cadre de Memphis, ces oscillations horizontales nc sont
qu'indiquees, c~ encore ne le sont-clles que dans lu ligne du
pouls.
Enfin, dans 1cs deux cadres des cas ruortels, Ja ligue du
pouls est ascenclante les 3 ou /i. dcrnicrs jom's, pendant que
cello de la temperature est descenclante. A.u debut, la discordance
des lignes avait ete i1werse: De parelllcs ligncs sonL JJat hoynomoniqucs.
52 T\"PJ:: IZT SPECIFICITE DE LA FJEVRB J.\UXE.
II nous parait impossible cruc des donll(;Os aussi precises cL
aussi significatives que celles que vionnenL de nous donner la
montre a secondes et le thermometre, no condnisenL pas <1 des
aJ)plications praLiques de quelque valeur, on particulier pour
le diagnostic, le pronostic et le LraitemenL de 1a cc fii:vre
jaune. ))Essarons d'en indiqucr succincLemenllcs plus importantes.
•
IV
APPLICATIONS
1 • Du rUagnostir. - Assul'ement, le fait que la << fievre
Jaune >> est une fievre conti1Hte, u 11-n pa1·oxysme 1mique, tandis
que les << fievres, >> tres-variees, qui tirent leur·s semences
du sol (Fiev1·es paludeennes ou telhwiques), prescntent en general
des acces ou des pa;roxysmes multiples, ce fait etablit, de
suite, une ligne de demarcalion tranchee entre clle et ces
fievres-la.
Cependant, dans les pays chauds, ceux precisement ott les
chances de voir la flcvrc jaune se developper epidemiquement
sont les plus grandes, les {tev1·es du sol (palud6ennes ou
lelluriques) presentent parfois, pendant leurs epidemics, ·wnc
so1·te de continuite dans leur marche ; soit que, clans leur ben ignite,
elles se bornent a un seulacces, soit que, dans leur gra·
vile, elles multiplient et rapprochent les acces au point de les
faire entrer les uns dans les autres, assez pour n'en ?·epresentet
· (ftb'un seul, et meriler ainsi la denomination de pseudocontin~
bes.
Pour comblc de confusion, il arrive que c'est dans ces
mt3mes pays chauds que les fievres, les fievres paludeennes
ct telluriques surtout, legcres ou graves, ont une 'tendanc'::'
extreme aux hemorrhagies, surtout par les muquouses. et l'or.
sail que cette meme ten dance est un des caracteres de la uevrc
jaune.
Ll est incontestable qu'on obsf'rve de loin en loin. dans les
.)fs TYPF. ET SPJ~CIFICITE
pa~·s chauds et mal'(:cagen:r, des ep{dbnies de fiJb?·icules. petites
Ocvres ephemeres. pour ]esquelles le nom de (( DEl\GUE )) H
prevalu en quelques lieux, petites fievres ephemeres avec ou
sans crytheme. avec ou sans hemorrhagic des muqueuses,
accompagnees au debut de fortes douleurs des reins ct de la
tete, et qul font pensedtla llevre ,jaune, quancl elles vicnnenl
;\ sc monLrer. Si une epidemie de fievrr ,jaunr exi~Lc en mi•mp
temps, la confusion est inevitable.
Or, de deux ehoses l'une: ou cos petites fii>vres rpiclemiqueR
ne prcsentent qu'un pam'JJysmc wnique, clans los cas trcslegers,
et alors elles sont remarquables par /a. ohutc, immccliato
et brusque, et du pouls ct clelo temperature, quelquofoir-;
nvec des vomissements noirs inoffensifs, se montrant dans les
prcmii>rcs 24 ou 36 heures de Ia fiewe, ou elles sont un pcu
plus s6rieuses. ct alors elles.-presentent plusieu,rs pa1'o:rysmes.
Dans lcs deux hypotheses, la rma?·che continue et lentement
tleotoissante de la vrale (( ficvre jaune. » attentivcment consirleree,
doit ompecher de prendre pom· ELLE ces petites ficvreR
ou epMmercs ou paroxysmales.
Tl est plus difficile de ne pas confonclre avec la firvre jaunp
cPlles de ceR ficvrcs qui, plus graves. sont a·•ssi pseudo-oontiwues.
C'esl pour le diagnostic de pareils cas que l'emploi des
instruments de precision clevient necessairc.
Nous :wons teconnu 'que la ligne clu pouts dans la fievrr
jaunc, lcllc que la donne la montre a scconclos, ct celle rte la
temprh'atwtc, fournio par lc therruometre, sont toutes deux
ero·aote1·istiques clans leur ensemble. Mais la ligne du pou,ls.
rtesoendante des le debut. ne peut bien clessinet· sn 111a1'Che clcsr:
erulante qu'aprr'·R plusleurs ,jonrs; elle ne pouL clone fourniJ•
qu'une caiYtetiJI·istiqlte un peu tardive pour lc diagnostic elinique;
elle r.onservr lontP f:a valeur pom· lr dia.fJnostir Ppidemique.
La 1?WJ'.)/te de la tempemtu1·e peut-elle nous servir mieux
pour f-lablir le diagnostic clinique? Certes, !rt ligne qui lR
rf'prt•spn tP Psi t~·piqur; eUP P~t enlracteristique aussi. ~urtout
r.
I•
DEL.\ FJEVH!o: .Jt\li)rE.
Pmbrassee do.nR son enLier; mais, u son d0but, pendant les ::!
ou '~ premiers jours, elle ressemhle surtout aux lignes de la temperatwre
de la. variole ct de la vo.riolo"ide, dont les symptomes
rlc clebut ressomblent tant a ceux de la « fievre jaune. » -La
ligne d'effervescence est tres-semblable dans Loutes ces fievres;
ce n'est qu'o.lors que la defervescence se fait, que la ligne de la
flrvre jaunc ne marche plus comme leslignes de ces autres fievres:
la lignc de defervescence do la llevre jaune met 4 jours,
en moyenne, pour retrouver le chiffre normal 37° c., Landis
que la defe,'vescence, dans ces autres fievrt>s, se fait en 36
ou '"8 heures. Malheureusement pour le diagnostic clinique. la
defervescence n'est pas un phenomcne du debul.
Lamarche de la temperature clans la fievre jaune, consideree
seule, si typique qu'clle soit, ne peut done pas servir au
v1·ai diagnostic clinique qu'il s'agit d'ctablil' des le debut, pas
plus que n'a pu le faire la marche du pouls, plus carncteristiqutl
encore, si l'on nt> vent tenir compte dr leurs lignel' qur
prises isolement.
Mais, si l'on considere en ml!me tmnps et la marche du pouls
ct celle de la temperature, ne peut-on pas arriver au diagnostic
de la « fievre jaune, » des le rlP.but. des les premieres 24-
nu 36 heures? On le peut.
En effet, dans la « fievre jaune, " des le debut, la ligne dt~;
pauls descend pendant que celle de la tempt'>rature sc maintient
lwrizontale, dans l'lmmense mo,joritc cle~ cas, ou meme
monte pendant deux, troi~ jow·s ot davantngc, clans les deux
tiers des cas au moins. Voila lf' signe cliniquc pathognomoniI]
Ue de la fievre jaunc.
Il est, en effet, incontestable qu'on peut dire d'une m.aniere
g6nerale que, dans toutes les fievres, il y a concordance ou
po.rallelisme entre ln. marche dP la temperaturP et celle du
pouls, surtout au debut.
Nous ne connaissons pas, il e~t vraiJ la Jigne du pouls dP
heaucoup de fievres; mais la ligne thermiqUP. de ]a fievl'e
,jonnP ~st si pRrticnlif>re. quP nous ne t.rouvons pour lni res-
56 TYPE ET ~PiClFICJTE
sembler, au debut, que celles de Ia pneumonic, de Ia variole
et de Ia variolo!de, et peut-etre de la scarlatine; OJ', dans ces
ficvres-lil au moins, il n'est guere permis de clouter que la
marche du pouls ne soit regulirrement paralli•le i1 celle fie Ia
temperature, au moins au debut.
POUI' la variole, je viens d'avoir !"occasion dr lr vrl'ifiPI'.
Unc t'pidrmic de cette fii·vre, modifit·e et compllqt~t'•e, il C'Sl
woi, vient de regner, pendant trois mois, dans llll o.sile cl'orphclins
dont ,je suis le medecin, et j'ni pu obtenir 24. tableaux
des deux lignes du pouls et de ln. tempera Lure ; lf'UII' prrr·alfl;lismc
n ete constant.
La. disco1·dcvnce initiate des deux lignes clu pouls ct de In
lt•mpr~l'aLut·e dans la « fievre jaune, >l Yoilil done, encore tnw
fois, son signe cliniqu.c 11athognomoniqut.
II ru'csl impossible cl'entrer dans plus de dclaik Il est r.Jnir
que, dans lcs cas de complications et de mNanges de plusieurs
llr\vres, clans les cas de 1Jseudo-continues ltemo?Thagiques, la
sagacile du praticien pourra souvenl etre soumise a de diffirilcs
epreuves. - D'une maniere generale, la conlinuitc clu
mouvemenl pyretique, avec divergence des lignes au debut,
celle de la temperatw·e surtout se maintcnant elevce, devra
fai1·e pencher la balance de probabilile clu cote de }a fievre
,jnune. Au contraire des ecarts, des ch1~tes b1'usqucs surtout
dans la. tompera.ture, avec reascensions soudctines~ entrainant
des e/eq;ations pcvralleles dans les chiffi·es du pouls, rev(•leront
n.u medecin que l'rHement paludeen est Hl en travail, et l'engngcronl
a l'CCOurir harcliment ala quinine, dt~S le debut de CCS
fievt·cs hemorrhagiques de forme ata.xique, aux allures nussi
ll'ompcuses que pleincs de peril.
A1Jplicat·ion au p1·onostic. - Les deux lignes paraltelement
clesce?ulantes, du moins a partir du t1•oisieme ou quaLrieme
jour, lentementetperseveramment descendantes, voila ce qu'il
~· a fle plus rassurant quand on suit attentivement. la marche
dl' Ia ficvJ·e jaune. - Viennent- elles, dans leur descente, ;\
U.t.:: 1 • • \ 1-'Ji~VHI:: JAUXE. 57
:; 'arr,::tc r' c~ a presenter de:; osc-illations hori;:,uil tales, q ucl([ uc
chose d'anormal se pas!::>C; iJ y o. lieu alors du soumeltrc _los
orgcnes ~t un exumen ntLcn~if et de resenc·r son p1·onosti<;.
l~nfln, plus Lard CfiCOl'C, le:; tloux lignes vicnucn L-ellcs a
monlrer wne cliurrgencc invcrs£' de crlle dtb debt~/, cello du pouls
prend-clle une marchc asccnduntc it Ia fin, pendant que cello
deJa temperature se prccipitc en bas, la mort I'SL it pcu pres
certa.inc, ... ou plulUL ellc est meme proche.
Application ct·u traitemcnt. - Les r't;':;ultats du tl'aiLt:tllenL du
Ja. flevre jaunc, cl irig6 d'apr6s los indicatious fournios pul' lc
Lhcrmometre et la moutrc tL :;ccondes, sonL cuc:oro prescnt6s
sur uno tr'Op petite (·chelle pout' qu 'on puissc lt:ur aLLachcr de
l'impoPtance. ll faut a.Llcndrc.
v
1-tESUME.
La « ficvre jaune )>, l'espece febrile la plus riche peut-cit•c
en caracteres propres, qui auraient du, des son apparition, en
assurer !'existence nosologique, et, en meme temps, rendt·c
impossible toute confusion entre elle et les autre& especes, la
cc fievre jaune '' a joui de cette double fortune d'CLt·e niee en
Lant qu'espece, et de recevoil' tt son compte beaucoup cl'autrcs
espt:ces.
Pour Chervin et son ~~cole, elle n 'ctait ryue le plus haul
degre des << ficvres cl'originc paludecnne 11, pour le profes-
8eur Monneret, outre les << ficvres paluclcennes '' ct surtout
les c< bilieuses graves des tt•opiques, '' elJe devait englobcr
'' la ficvre u rechute '' ou ~·elapsing (ever, l'cc ictero grave, >>
e~ d'autres cspeces encore.
Des son apparition cepundunt, clle avaiL frapp~ par le symptdme
pcurticulier qui lui a valu son nom. Si to us les roulades
q u'elle ntteint no deviennenL pas jaunes, to us ceux qu'elle tuc
lc deviennent; et, c·est d'une jauni.sse toutc speciale, donl
l'ctrangete et la constance n'avaicnt pas echappe aux premier!'\
observateurs.
Cettc colomtion jctttmc, tonto spccinlc, ce n'cst pas de l'ic;tere .
. -\.vee l'ictere, l'acide nltrit}Ue fait reconnaitre de suite de Jn
bileve1·dine dans l'urinc; avec la fievre jaunc, quand les
·.
-.
I'YPJ:: ET ::W~CIFICJTE IJJ:: L.\ FJEVL'tE JAU:\.1::. 59
nHdadesmeurent de l.Jouue hcur.e, et avant qu'il nil pu survenir
encol'e du veritable jctcrc, les cadavres n'en U.eviennent pas
moins jat~~nes; mo. is, avec cette jazvnisse-la, toute sp6cinle, ce
ll'est point de la bileverdine, c'est de l'albwnine que l'acide
niLrique fait 1·essortir de l'urine. En 1. 858, et depuis, j'ai souvent
verifie ces faits-lit.
Le vomissemcnt noir u dans la « Gevre jaune , une tellc
valeursemeiotique qu'il u etc regardc commepathognomonique,
et lui a valu, de la part des medecins d'origine anglo-saxonne,
ln. denomination de << Black- Vomit. » 11 n'y a peut-clre pas,
en elfet, de cadavre de la cc fieyre jaune » clout l'cstomac n'en
soit rempli; mais des cada.vres d'autres fievres peuvent en
contenir aussi. N'importe, c'est un signe d'une grande valcuJ.',
quancl c'est lc vrai, sous forme d'infusion ct de ?1Ut1'c decaf{·.
La degenerescence gtaisseuse aigue du foie semble aussi etre
une alteration ca.claverique constante U. la suite de la ,, Gevre
jaune. » Comme le Black- Vomit, on la trouve claus des corps
de morts d'autres fievres; mais, quand on ne la trou ve pas,
eL qu'on a cru ~L un cas de fievre jaune, il csL probable qu'il
y a eu erreur de diagnostic.
Oes quelques mots suffisent pour montrer combicn de nouvelles
recherches soot nccessnires au sujet de la " flevrc
jaune. »
L'application de la montre a secondc et du thermo metre it
l'etude exacte de son mottvemcnt pytetique est pleinc de promesses,
et elle les Liendra.
Oette double application a dcjrt demonlre que ,, lu fievre
Janne » doit etre cluss6e avec les << fievres » au type conti1'11lt,
ou << fievres monopo.roxysmiques, » et que, pa1' conscq ucnt,
clle n'a rien de commun avec le c< genre paludeen » ou «genre
polyparoJ\:ysmique. »
Puis, la ligne du pauls s'est Lt·ouvee unc ligue vraiment
typique ou specifique; iL ce point qu'ellc ne pcut s'explique1'
qu'en admettant une action elective et toute spcciale du poison
j"dbtile sur l'orgaue central dr. Ia circulatiou, ~uJ·lc CU.'UJ'.
60 1'YPI:: I::T SPECJFICITE DE LA I•'IEVRE JAt...Nf::.
Latione de l£~ te111perature n ·esL pas moius Lypiq uc lJ ue ccllc
du pouls.
go fin. ces deux lignes rapprochees l'unc de l'auLL'C, de::.
leur forma Lion, des lcu?'s p1·emiers points, permellenL de poser
le diagnostic, lc plus souYent des le debut de la maladic, bien
plus loL cl plus st'1rcmen L que par to us les uult'CS moycns
::.upu.1·cs ou •'funis.
FJ:-\
A. l'•nL.\T, iruJlruucur de Ja t'aculll' ue ,\lcuecinc. ru~ ,\I<.Jc-J'•mrc, 31
-
TRACES GRAPHIQUES
DES
EpiclEnnie~ c1e la Nouvelle-Orleans (1870) et de Memphls (1873)
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EPIDEMIE DE LA NOUVELLE-ORLEANS
(1870)
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EPIDEMIE DE LA NOUVELLE-ORLEANS
(1870)
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EPIDEMIE DE LA NOUVELLE-ORLEANS
(1870)
3• Serie de Tableaux
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Librairie J.-B. BAILLI:ERE et Fils
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phy~iq11u cl mornlce da••1 J,.~qnl'ilc~ l'hnrnmr de nwr ·~•l appcli• a v•v•·c, et tic·~
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m~deciuc de Moolpelhcr,suh·i d'un Hcsumc dele~"" sur le service cblrurgicale
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